Le premier ministre McLeod sonne l’alarme et demande un débat national de toute urgence sur l’avenir des Territoires du Nord-Ouest

Ottawa, le 1er novembre 2017 – Le premier ministre Bob McLeod a fait la déclaration suivante concernant l’avenir des Territoires du Nord-Ouest (TNO) :

« Aujourd’hui, je veux sonner l’alarme et demander la tenue urgente d’un débat national sur l’avenir des Territoires du Nord-Ouest.

La recrudescence du colonialisme à laquelle nous assistons actuellement fait que les promesses du Nord s’estompent et que les rêves des Ténois se meurent.

Depuis déjà trop longtemps, le gouvernement fédéral et les provinces du Sud nous imposent des politiques qui, en dépit de leurs bonnes intentions ou en raison de l’ignorance des décideurs, menacent notre potentiel économique et les efforts que notre gouvernement a déployés pendant des décennies pour favoriser la réconciliation avec les peuples autochtones. Financement irréfléchi des programmes sociaux, restrictions déconcertantes venant freiner notre développement économique… notre vitalité et notre moral sont, à n’en point douter, sapés.

Tout ce que nous avons bâti est maintenant en péril. La réconciliation était un enjeu réel pour notre gouvernement bien avant qu’elle ne fasse les manchettes au pays. Cinq des sept ministres formant notre Conseil exécutif sont autochtones, moi y compris. Je suis né à Fort Providence, une petite collectivité ténoise où la chasse, la pêche et le piégeage sont encore aujourd’hui des activités importantes pour la plupart des résidents. Je connais bien ce territoire et les gens qui l’habitent. Nous avons établi avec les gouvernements autochtones des liens et des partenariats fondés sur la reconnaissance et le respect mutuel, pavant ainsi la voie à une plus grande autodétermination et à une participation accrue des Autochtones à notre économie.

Notre gouvernement entretient des relations officielles avec les gouvernements autochtones des TNO, et les progrès que nous avons accomplis en prenant entente sur les terres et les ressources sont sans précédent au pays. Nous sommes passés de la parole aux actes : à la suite du transfert des responsabilités liées aux terres et aux ressources naturelles en 2014, nous avons pris la décision de partager inconditionnellement avec les gouvernements autochtones ténois 25 % des revenus que nous générons à partir des ressources. Nous sommes fiers de protéger activement les neuf langues autochtones en usage aux TNO, chacune d’elle étant reconnue comme une langue officielle sur notre territoire. Les Autochtones et les non-Autochtones vivent et travaillent côte à côte. Nos enfants fréquentent les mêmes écoles. Nous partageons tous le même réseau de la santé, lequel s’inspire des cultures autochtones locales.

Mais tout cela pourrait s’écrouler.

Certes, les nouvelles approches de financement qui établissent des distinctions entre les différents peuples pourraient entraîner des résultats positifs dans les réserves des provinces du Sud, mais elles risquent en contrepartie de diviser les collectivités du Nord et de venir menacer les programmes et services qui sont chers à l’ensemble des Ténois. Avant de prendre des décisions ayant le potentiel de déchirer le tissu social de nos collectivités, les décideurs doivent comprendre que ce qui fonctionne dans le Sud ne fonctionne pas forcément dans le Nord.

Les restrictions imposées sur le secteur de l’énergie et des ressources – un secteur assurément vital, qui représente 40 % de notre économie ainsi qu’une source d’emplois et de revenus pour de nombreux Ténois dans la classe moyenne – ont pour effet de chasser les entreprises hors de notre territoire, et donc de nous faire perdre des emplois pouvant faire vivre des familles en santé et contribuer à bâtir des collectivités fortes. Pour beaucoup, la classe moyenne deviendra tout simplement inaccessible.

Plusieurs décennies avant que toute autre administration publique canadienne n’emboîte le pas, notre gouvernement et ses dirigeants majoritairement autochtones faisaient de la réconciliation une réalité en travaillant à intégrer les aspirations et les priorités des peuples de chez nous aux programmes et priorités du gouvernement territorial. Je me réjouis de voir le gouvernement fédéral commencer à agir en ce sens, mais nous devons nous assurer de ne pas perdre en retour les gains durement acquis dans le Nord au fil des ans, qu’il s’agisse des différentes ententes prises sur les terres, les ressources et l’autonomie gouvernementale, ou encore du transfert des responsabilités. Ce danger pourra être évité si nous comprenons qu’une véritable réconciliation requiert d’accorder aux peuples autochtones le pouvoir de s’autodéterminer sur les plans politique et économique.

Cela signifie que les Ténois, par l’entremise de leur gouvernement démocratiquement élu, doivent pouvoir décider de leur propre sort. Il faut que les bureaucrates et les gens au pouvoir à Ottawa cessent de décider ce qui est bon pour nous : les décisions qui concernent le Nord se doivent d’être prises dans le Nord. Par exemple, en décidant unilatéralement d’imposer – sans nous consulter – un moratoire sur l’exploitation pétrolière et gazière dans les zones extracôtières de l’Arctique, le gouvernement fédéral a encore une fois négligé notre droit à l’autodétermination économique.

Pour protéger les promesses du Nord et les aspirations des Ténois, il faut que tous les Canadiens unissent leurs efforts. Nous devons tenir un débat national sur la question. Je demande donc aujourd’hui à tous les députés fédéraux, peu importe leur allégeance, d’engager un débat spécial à la Chambre des communes : c’est là, avant tout, que cette discussion doit s’amorcer.

Cela dit, nous devrons aussi poursuivre cette discussion dans le Nord, de concert avec les gens qui y vivent. Je demande donc également au premier ministre Trudeau et aux membres de son cabinet de venir aux Territoires du Nord-Ouest pour constater non seulement les avancées que nous avons réalisées en matière de réconciliation, mais aussi les défis particuliers que nous devons relever pour offrir des services essentiels, notamment en santé et en éducation. Ce serait aussi une occasion de voir à quel point il est urgent d’investir dans nos infrastructures.

Je propose par ailleurs publiquement que les membres de mon Conseil exécutif et moi-même rencontrions les membres du Groupe de travail de ministres chargé d’examiner les lois et les politiques liées aux Autochtones afin de leur faire profiter de notre vaste expérience et de notre grande expertise en ce qui concerne la réconciliation avec les peuples autochtones.

Il est temps de redonner au Nord tous ses moyens. Cela est nécessaire pour assurer une réconciliation durable et profonde, et aussi pour garder en vie le rêve d’un Nord fort et libre. »