Caroline Wawzonek: Discours d’ouverture : Des collectivités durables pour un Arctique sûr

Déclarations et discours de ministres

Inuvik — 25 juin 2025

Bonjour — Drin Gwiinzii (drin gweezee), Ullukkut (oo-LAH-kkut).

Je suis très heureuse d’être ici aujourd’hui à Inuvik. Je vous remercie de me donner l’occasion de prendre la parole au nom du gouvernement des Territoires du Nord-Ouest.

Je tiens à saluer les nombreux dirigeants présents dans la salle, qu’ils soient élus ou qu’ils occupent des postes de direction dans les collectivités ou dans le monde des affaires.

J’aimerais commencer par une citation tirée du Cadre stratégique pour l’Arctique et le Nord du gouvernement fédéral, lancé en 2019, dans le chapitre consacré aux Territoires du Nord-Ouest, que j’ai relu à plusieurs reprises et que je trouve toujours d’actualité :

« Il est temps pour les Canadiens de regarder vers le Nord, de voir au-delà des mythes que nous avons créés au sujet de l’Arctique, et de célébrer son potentiel avéré d’accroître la force économique et sociale du pays et de lui donner des atouts considérables à l’échelle mondiale. »

Et c’est là que commence mon échange avec vous.

Finissons-en avec le mythe selon lequel le Canada est un pays arctique dépourvu des moyens de se déplacer ou d’acheminer de l’énergie dans l’Arctique.
Finissons-en aussi avec le mythe selon lequel le Canada est un pays arctique si ses politiciens ne reconnaissent pas les déséquilibres historiques qui ont laissé les collectivités du Nord dans une situation de désavantage et de sous-performance systématiques sur le plan social et sanitaire.

Le thème de cette conférence —Des collectivités durables pour un Arctique sûr - ne peut se résumer à un simple slogan. Il doit être un impératif national.

Si le Canada veut un Arctique sûr, il doit investir dans les collectivités du Nord et dans les Canadiens qui y vivent. Si nous voulons que la souveraineté canadienne dans le Nord ne soit pas qu’une simple rhétorique, nous devons faire en sorte qu’elle se concrétise sur le terrain, dans les politiques et dans la vie des gens.

Et aujourd’hui, cet enjeu n’a jamais été aussi clair.

L’évolution des menaces géopolitiques. L’accélération du changement climatique. La course mondiale aux ressources critiques.

Ces facteurs font ressortir une réalité douloureuse : l’époque où l’on considérait que 40 % du territoire canadien et 75 % de son littoral étaient inoccupés, trop inhospitaliers, trop éloignés ou trop coûteux à exploiter est révolue. La réalité, c’est que l’Arctique canadien est sous-protégé, sous-exploré, sous-développé, difficilement accessible et insuffisamment soutenu.

Il est important d’être présent. Les populations sont importantes.

Or, c’est justement ce que nous disons depuis des années dans le Nord. Ce ne sont pas des idées nouvelles. Si nous connaissons depuis longtemps les raisons, alors nous devons nous demander pourquoi nous n’avons pas encore pris les mesures nécessaires pour transformer ces obstacles en atouts.

Permettez-moi de vous donner quelques raisons, car nous ne pouvons pas résoudre un problème que nous ne sommes pas prêts à nommer.

Tout d’abord, les coûts. Oui, construire dans le Nord coûte cher. Mais les coûts dont nous parlons ne sont pas exorbitants par rapport à d’autres priorités nationales, comme les projets de trains à grande vitesse ou les subventions pour la fabrication de véhicules électriques. La question n’est pas de savoir si nous pouvons nous permettre d’investir dans le Nord. Il s’agit de savoir si nous pouvons nous permettre de ne pas le faire.

Deuxièmement, les politiques nationales. Je vais rester diplomate. Les gouvernements fédéraux ont tendance à concentrer leurs efforts là où se trouvent les électeurs. Or, les projets dans le Nord n’apportent pas de gains politiques tangibles dans le Sud. Le message passe difficilement. Mais aujourd’hui, l’Arctique n’est plus associé à un enjeu secondaire. Les Canadiens comprennent de mieux en mieux que la distance n’est pas une stratégie de défense. Regardez un globe terrestre de haut en bas et dites-moi que nous ne sommes pas en première ligne face aux menaces géopolitiques. Cette prise de conscience ouvre une porte, et nous devons en profiter.

Troisièmement, les politiques concernant le Nord. Encore une fois, je vais essayer de rester diplomate. En tant qu’administration publique, je sais que le GTNO, tout comme le gouvernement fédéral, est lié au colonialisme et au racisme qui y est associé. Nos structures restent maquées par le colonialisme, et le racisme reste présent dans nos mentalités. Or, nous devons trouver des moyens de faire confiance aux nouvelles générations de dirigeants, aux nouvelles générations d’éducateurs et aux nouvelles façons de travailler ensemble, que ce soit entre les gouvernements, les régions ou les administrations. Nous ne pouvons nous permettre les dédoublements, les retards ou les divisions. Notre force réside dans nos partenariats, qu’ils soient politiques, sociaux, économiques ou mixtes, et dans notre capacité à parler d’une seule voix au reste du Canada.

Le Conseil des dirigeants est un exemple dans cette direction, et nous devons continuer sur cette lancée.

Les enjeux sont considérables en cette période, non seulement pour le Nord, mais aussi pour le pays.

Lors de son discours prononcé le soir des élections, le premier ministre Carney a présenté une vision qui, selon moi, mérite réflexion :

« Nous allons tracer une nouvelle voie, parce que c’est ici, au Canada, que nous décidons de notre avenir.
Nous devrons voir grand et agir avec encore plus d’ambition. Il nous faudra accomplir ensemble ce que l’on croyait impossible, et avancer à une vitesse que nous n’avons pas connue depuis des générations. »

Maintenant, permettez-moi d’essayer de paraphraser ces propos à la manière des gens du Nord :

Nous allons tracer une nouvelle voie, parce que c’est ici, dans le nord du Canada, que nous décidons de notre avenir. Nous devrons voir grand, penser ensemble en tant que gens du Nord et agir à la fois avec plus d’ambition et de concertation que jamais auparavant. Il faudra accomplir ce que l’on croyait impossible, à une vitesse et avec un niveau de partenariat jamais vus auparavant.

Tous les grands enjeux auxquels le pays est confronté — sécurité énergétique, sécurité alimentaire, souveraineté dans l’Arctique, développement d’infrastructures stratégiques, résilience climatique — passent par le Nord. Et les collectivités ici présentes ne sont pas des obstacles au progrès. Elles y sont essentielles.

Concrètement, que signifie investir dans des collectivités durables pour assurer la sécurité nationale?

Cela signifie créer des assises solides pour la population du Canada. Et si nous vivons actuellement une période propice à des changements générationnels, nous devons également saisir cette occasion pour répondre à certaines de ces grandes questions en adoptant une approche axée sur la recherche de solutions.

Les Canadiens ont besoin de logements. Que peuvent faire les différents paliers de gouvernement pour contribuer à accroître l’offre de logements afin de répondre à l’ensemble des besoins? Nous devons continuer à travailler ensemble, comme nous avons commencé à le faire par l’intermédiaire du Conseil des dirigeants, afin de nous assurer que nous maximisons les ressources et que nous ne dédoublons pas les efforts.

Les Canadiens ont besoin de soins de santé. Soyons fiers de ce que nous faisons le mieux, comme rapprocher les traditions autochtones de guérison fondées sur la terre et la médecine occidentale, et défendons aussi les programmes fédéraux comme le programme des Services de santé non assurés (SSNA).

Les Canadiens doivent suivre le rythme sur le plan de l’éducation. Les changements apportés aux politiques, comme ceux annoncés en mars concernant les ressources financières accordées en vertu du principe de Jordan, doivent refléter les réalités des territoires. Il en va de même pour l’initiative Les enfants inuits d’abord. Nous ne sommes pas des provinces. Nous sommes confrontés à des enjeux qui nous sont propres et qui sont souvent plus complexes. Le dernier pensionnat pour enfants autochtones au Canada a fermé ses portes aux TNO dans les années 1990, et aujourd’hui, nous avons la plus forte proportion de survivants des pensionnats au pays. Le gouvernement fédéral doit non seulement éviter les répercussions disproportionnées des politiques uniformes, mais il doit aussi commencer à voir les mesures de soutien éducatif et social pour le Nord sous un angle différent.

Des collectivités durables sont également des collectivités qui bénéficient d’un accès acceptable aux transports, que ce soit par des routes praticables en toutes saisons, des pistes d’atterrissage améliorées ou les deux.

Cela signifie également qu’il faut se pencher sur un réseau énergétique qui n’est pas relié au réseau nord-américain, qui est en fait composé d’environ 27 réseaux régionaux ou communautaires et qui coûte plus cher aux contribuables que partout ailleurs au Canada.

Il faut soutenir les gouvernements autochtones qui mènent déjà des projets d’envergure, qu’il s’agisse de gaz naturel, d’énergies renouvelables, de routes ou de recherche.

Il faut reconnaître que les connaissances traditionnelles ne sont pas un « plus », mais une question de souveraineté. Les connaissances traditionnelles sont celles des terres qui sont largement inconnues des autres modes de savoir. Ce sont des connaissances qui permettent de survivre.

Et pour que les collectivités du Nord soient durables, il faut travailler avec des gouvernements autochtones qui sont autonomes, propriétaires de leurs terres, utilisateurs traditionnels des terres, ou les trois à la fois.

Les maisons, les centres de santé, les écoles, les routes qui nous relient et l’énergie qui nous permet de fonctionner ainsi que nos systèmes de gouvernance collaboratifs et de cogestion, c’est tout cela ce qui rend nos collectivités durables, souveraines et sûres.

Voilà le message que nous devons faire passer. Et nous devons le faire ensemble.

Inuvik est l’endroit idéal pour discuter de ces enjeux. Vous savez comment construire dans l’Arctique, des stations satellites aux routes, des pistes d’atterrissage aux multiples solutions énergétiques. Nous sommes à même de constater ce que la collaboration entre les gouvernements peut accomplir.

Continuons à travailler ensemble. Et veillons à ce que le reste du Canada ne se contente pas de regarder vers le Nord, mais qu’il le voie vraiment, le comprenne, y investisse, grandisse avec lui et croie en lui.

Mahsi cho. Quyanainni. Merci.