Discours D'ouverture - Expo pour le développement de l’Arctique - Le député Denny Rodgers, au nom du premier ministre R.J. Simpson

Déclarations et discours de ministres

Inuvik — 25 juin 2025

Bonjour à tous,

Merci de me permettre d’être ici, avec vous, à Inuvik, à l’occasion de l’Expo pour le développement de l’Arctique. C’est toujours un plaisir de revenir dans la région de Beaufort-Delta, et surtout lorsqu’il s’agit d’aborder une question aussi essentielle – et aussi personnelle pour les gens du Nord – que la souveraineté et la sécurité de l’Arctique.

Le premier ministre Simpson regrette de ne pas pouvoir être là en personne. Il est actuellement à Behchokǫ̀ pour les réunions du Conseil des dirigeants des Territoires du Nord-Ouest, mais il m’a demandé de prononcer ce discours en son nom et d’exprimer ses sincères remerciements aux organisateurs de l’exposition ainsi qu’à toutes les personnes présentes ici qui façonnent l’avenir du Nord.

La souveraineté et la sécurité sont de grandes idées. Elles peuvent sembler lointaines et abstraites lorsqu’elles sont évoquées à Ottawa ou débattues au cours de forums internationaux. Mais ici, dans l’Arctique, ces idées prennent tout leur sens. Elles évoquent ce que nous sommes, la manière dont nous vivons et le type d’avenir que nous construisons ensemble.

Pour nous, la souveraineté n’est pas un concept abstrait. Il ne s’agit pas de drapeaux sur une carte ou de déclarations politiques lointaines. C’est une question de présence. Une question de personnes. Une question de lien profond et durable entre les collectivités du Nord et les terres, les eaux et les cieux qui nous entourent. Dans l’Arctique, on ne se contente pas de défendre la souveraineté, on la vit.

Les Territoires du Nord-Ouest jouent un rôle central pour assurer la place du Canada dans le monde. Mais ce rôle n’a jamais été aussi important qu’aujourd’hui.

Nous vivons une période d’instabilité à l’échelle mondiale. Le changement climatique modifie les paysages et perturbe les infrastructures. Les eaux arctiques sont de plus en plus navigables. L’espace aérien, les routes maritimes et les ressources du Nord suscitent de plus en plus de convoitises, parfois dans un esprit de coopération, parfois moins. Dans le monde entier, la concurrence pour l’exploitation des minéraux critiques et de l’énergie propre s’intensifie.

Parallèlement, les menaces numériques (des cyberattaques aux ingérences étrangères) mettent notre résilience à l’épreuve de manière inédite. Nous l’avons constaté ici même au Canada, avec des perturbations ciblées des systèmes gouvernementaux, des infrastructures et des institutions. Ce ne sont pas des événements hypothétiques. Ils se produisent déjà.

La question n’est donc pas de savoir si la souveraineté de l’Arctique nous importe. La question est de savoir si nous sommes prêts. Sommes-nous prêts à nous hisser à la hauteur du moment, non seulement par des investissements militaires, mais aussi par une approche pansociétale qui tient compte de la complexité du Nord et des possibilités qu’il offre?

Nous pensons que la réponse est oui, mais seulement si nous travaillons ensemble.

Le gouvernement du Canada a des responsabilités claires en matière de défense nationale. Mais la véritable souveraineté du Nord va au-delà des avions à réaction et des radars. Il faut des collectivités fortes. Elle nécessite des infrastructures fiables. Il faut également respecter les droits, les compétences et le leadership des gouvernements autochtones, qui sont au cœur de toute conversation sérieuse sur l’avenir de cette région.

C’est pourquoi le gouvernement des Territoires du Nord-Ouest s’est engagé à travailler aux côtés du Canada, des gouvernements autochtones, des administrations communautaires et des partenaires régionaux pour renforcer la souveraineté d’une manière qui rend service aux gens qui vivent ici. Cela signifie qu’il faut veiller à ce que chaque investissement fédéral dans la sécurité de l’Arctique soutienne également le logement, les soins de santé, la sécurité énergétique et les perspectives économiques dans la région.

Nous avons constaté des progrès encourageants.

La politique de défense renouvelée du Canada, Notre Nord, fort et libre, reconnaît le rôle stratégique de l’Arctique et promet de nouveaux investissements dans les infrastructures, les capacités et la défense continentale. C’est un bon début. Toutefois, le premier ministre Simpson a été clair : ces investissements doivent tenir compte des priorités du Nord. Ils doivent être imaginés avec les collectivités, et non leur être imposés.

L’annonce selon laquelle Yellowknife et Inuvik serviront de carrefours de soutien opérationnel du Nord est une reconnaissance majeure du rôle des TNO dans la défense continentale. Ces carrefours peuvent créer des emplois locaux, apporter de nouvelles infrastructures et soutenir une présence fédérale à long terme dans la région. Cependant, ils ne réussiront que s’ils sont construits dans le cadre d’un partenariat avec les Autochtones et les administrations communautaires, et s’ils sont soutenus par des investissements dans les services municipaux essentiels, le logement, l’énergie et les transports.

Cela m’amène à l’un des thèmes les plus importants de l’Expo d’aujourd’hui : les infrastructures à double usage.

Le premier ministre Simpson a également été très clair à ce sujet : investir dans des infrastructures qui répondent à la fois aux exigences sécuritaires et aux besoins des collectivités est la chose la plus judicieuse que nous puissions faire, non seulement pour les TNO, mais aussi pour l’ensemble du Canada. Lorsqu’une route peut relier des collectivités et faciliter la logistique militaire, lorsqu’une ligne de transport d’électricité peut fournir de l’énergie propre et alimenter des stations radar et lorsqu’une piste d’atterrissage peut accueillir des patrouilles de protection de la souveraineté et des services d’évacuation médicale, nous pouvons vraiment parler de planification stratégique.

C’est pourquoi nous avons recensé quelques projets à fort impact susceptibles d’apporter des avantages immédiats et une valeur ajoutée à long terme à l’échelle nationale.

Le premier concerne la route de la vallée du Mackenzie. Je n’ai pas besoin de vous dire à vous ce que signifie cette route. C’est plus qu’une route, c’est une promesse. Une promesse d’accès tout au long de l’année, de fiabilité de la chaîne d’approvisionnement, de bonne santé et de sécurité alimentaire, de sécurité des collectivités face aux feux de forêt et à l’affaissement du pergélisol. C’est aussi un atout stratégique en matière de défense. Elle pourrait, pour la première fois, relier nos deux carrefours militaires (Yellowknife et Inuvik) par une route d’accès toutes saisons, ce qui permettrait un déplacement plus rapide du personnel, du matériel et des fournitures. Elle pourrait servir d’artère logistique septentrionale à une époque où la redondance et la portée logistique sont essentielles à la défense du continent.

Le deuxième concerne l’agrandissement de la centrale hydroélectrique Taltson. Ce projet d’énergie propre permettrait de fournir une électricité fiable et renouvelable à plus de 70 % de la population de notre territoire. Il permettrait de réduire notre dépendance au diesel, de diminuer les émissions et d’ouvrir la voie au développement durable. Mais cette centrale est aussi un atout pour la souveraineté. Elle pourrait alimenter des installations radar, des centres de recherche et des exploitations minières essentielles à la sécurité nationale. Elle appuie l’indépendance énergétique et renforce la résilience climatique à long terme dans une région qui se trouve aux avant-postes du réchauffement climatique.

Le troisième concerne le Corridor de sécurité dans l’Arctique, un plan coordonné visant à relier les routes, les infrastructures énergétiques, les zones minières et les ports du Nord dans le cadre d’un réseau stratégique soutenant à la fois la souveraineté et le développement durable. Ce corridor permettrait des déplacements sûrs, l’accompagnement de la mise en valeur des ressources, le renforcement des capacités des dirigeants autochtones et une capacité de réaction plus rapide quand cela importe le plus. Il est conçu non seulement pour libérer le potentiel économique, mais aussi pour améliorer la position du Canada en matière de sécurité, garantir l’accessibilité de l’Arctique et renforcer la souveraineté là où elle compte le plus : sur le terrain.

Il ne s’agit pas seulement de projets territoriaux. Ils ont une portée nationale. Ensemble, ils contribuent à la stratégie climatique du Canada et à la réalisation des objectifs en matière d’électricité propre et de minéraux critiques ainsi qu’à la politique de défense de l’Arctique. Ils sont par ailleurs ancrés dans le partenariat autochtone et le leadership territorial, car c’est ainsi que la souveraineté s’épanouit dans un Nord moderne.

Pour en revenir aux minéraux critiques, nous devons parler de ce qui se trouve sous nos pieds.

Les Territoires du Nord-Ouest abritent 25 des 34 minéraux critiques du Canada. Il s’agit des éléments constitutifs de l’économie mondiale propre : des substances utilisées dans les batteries, les panneaux solaires, les éoliennes, les semi-conducteurs, les systèmes de défense et les véhicules électriques.

Le monde est engagé dans une course pour sécuriser ces chaînes d’approvisionnement. Et le Canada ne pourra pas être compétitif s’il laisse le Nord de côté.

Aujourd’hui, nos projets se heurtent à des obstacles uniques : manque de routes et d’électricité, bassins de main-d’œuvre limités, systèmes de délivrance des permis complexes et accès limité aux capitaux. C’est pourquoi nous insistons sur la prise de mesures comme le crédit d’impôt pour l’exploration minière au nord du 60e parallèle, un instrument fédéral prêt à l’emploi et peu coûteux permettant d’uniformiser les règles du jeu et de stimuler l’investissement privé dans les territoires.

Les minéraux critiques ne constituent pas seulement une possibilité économique, c’est aussi une stratégie de souveraineté. Si nous y parvenons, le Nord pourra montrer la voie dans le domaine de l’exploitation responsable des ressources et dans la redéfinition des attentes mondiales quant à ce que peut être un développement inclusif et durable en partenariat avec les populations autochtones.

Nous pouvons et devons aussi faire plus dans d’autres domaines.

Nous avons besoin d’un soutien continu pour les rangers canadiens et les rangers juniors canadiens, qui sont les yeux et les oreilles du Nord. Nous devons investir dans la cybersécurité pour aider les gouvernements et les collectivités à se défendre contre des menaces croissantes. Nous avons besoin d’un engagement à long terme en faveur de l’infrastructure de recherche, comme le Centre de recherche de l’Arctique de l’Ouest, qui offre non seulement un leadership scientifique, mais aussi une collaboration continue, dirigée par le Nord, avec des chercheurs alliés et des partenaires stratégiques.

Enfin, nous devons continuer à accompagner et à renforcer le leadership des gouvernements autochtones. Aux Territoires du Nord-Ouest, les traités modernes et les ententes sur l’autonomie gouvernementale ne sont pas de simples notes marginales, ces éléments sont à la base de la souveraineté. Les gouvernements autochtones doivent être présents à toutes les tables rondes où il est question des terres, des eaux et des collectivités du Nord. Le GTNO est fier de travailler en partenariat avec les dirigeants autochtones et nous savons que la voie vers la sécurité dans l’Arctique passe directement par la réconciliation.

Pour conclure, j’aimerais insister sur ces quelques points :

L’Arctique n’est pas une frontière à protéger de l’extérieur. C’est une patrie qui doit être soutenue de l’intérieur.

Les résidents du Nord ne sont pas des observateurs passifs de la souveraineté du Canada : nous en sommes les défenseurs, les bâtisseurs et les meilleurs garants d’une réussite à long terme.

Nous possédons les connaissances, les ressources naturelles, les partenariats et la position stratégique. Ce qu’il nous faut maintenant, c’est une promesse. La promesse de travailler avec nous. La promesse d’investir à nos côtés. Et la promesse de ne pas considérer la souveraineté uniquement comme un exercice militaire, mais comme l’expression vivante d’une collaboration, d’une résilience et de possibilités communes.

Merci,