Amphibiens et reptiles
La présence de cinq espèces d’amphibiens et d’une espèce de reptile a été confirmée aux TNO. On pense qu’une autre espèce d’amphibien serait présente.
À l’échelle mondiale, les amphibiens et les reptiles connaissent un déclin rapide dû à une série de facteurs bien connus, notamment la perte et la dégradation de l’habitat, les espèces envahissantes et les maladies infectieuses. Les comportements humains, tels que la persécution (en particulier des serpents) et l’utilisation pour le commerce des animaux de compagnie, viennent aggraver ce déclin. Les amphibiens et les reptiles vivent principalement dans les zones forestières des TNO, même si, comme pour de nombreuses espèces nordiques, il reste encore beaucoup à apprendre sur leur écologie. Nous n’avons pas observé de nouvelles espèces d’amphibiens et de reptiles aux TNO depuis 2016, mais de nouvelles informations sur leur biologie continuent de voir le jour et, en 2017, un plan de gestion de plusieurs espèces d’amphibiens a été mis en œuvre aux TNO.
En 2019, des études sur les amphibiens dans la région de Fort Liard ont permis de détecter des sites de reproduction du crapaud boréal (Anaxyrus boreas) qui n’avaient jamais été documentés auparavant. Les études de 2019 ont également permis de détecter plusieurs populations reproductrices de grenouilles des bois (Lithobates sylvaticus = Rana sylvatica). Il est intéressant de noter qu’aucune rainette faux-grillon boréale (Pseudacris maculata), quel que soit son stade de développement, n’a été détectée au cours des études, bien que la présence de cette espèce soit connue dans la région. Il est possible que la période de l’année et les conditions météorologiques locales au moment des études aient empêché la détection de cette petite espèce discrète.
Les rainettes faux-grillons boréales des TNO font actuellement l’objet d’un projet collaboratif qui permettra de mieux comprendre l’écologie de l’espèce à la limite septentrionale de son aire de répartition étendue et mal délimitée. Le projet comprend des informations sur les données démographiques de la population, les taux de développement et les caractéristiques des sites de reproduction, ainsi que des informations recueillies de façon fortuite par des enregistreurs automatiques qui ont été déployés dans le cadre d’autres projets non liés dans l’ensemble des TNO. Des échantillons de tissus prélevés sur des rainettes faux-grillons boréales dans la région de Fort Smith de 2015 à 2017 ont également été inclus dans une étude phylogénétique qui examine les relations évolutives entre les populations dans l’ensemble de l’aire de répartition de l’espèce.
Deux agents pathogènes des amphibiens liés à leur déclin à l’échelle mondiale ont été détectés aux TNO, soit le champignon chytride Batrachochytrium dendrobatidis (Bd) et les ranavirus. Le Bd a été détecté pour la première fois chez de multiples espèces d’amphibiens dans le Dehcho et le Slave Sud respectivement en 2007 et 2009. Des travaux ultérieurs dans le Slave Sud en 2015-2016 ont confirmé que le Bd y est présent de manière persistante, bien qu’à des taux de prévalence relativement faibles. Les études sur la santé des amphibiens dans le Sahtu en 2007-2008 n’ont pas détecté le Bd, mais la région n’a pas fait l’objet d’études sur cet agent pathogène depuis.
Aucune mortalité d’amphibiens attribuable au Bd n’a été documentée aux TNO, ce qui est cohérent avec d’autres observations de Bd chez les populations d’amphibiens ailleurs au Canada. Les effets sublétaux des infections par le Bd (c’est-à-dire les coûts pour la valeur sélective) n’ont pas été examinés chez les populations d’amphibiens nordiques, bien qu’ils soient bien documentés chez les espèces du sud des États-Unis et d’ailleurs.
Les ranavirus ont été documentés pour la première fois chez les grenouilles des bois dans le Dehcho et le Sahtu en 2007, et dans le Slave Sud en 2009. Les études sur les amphibiens menées en 2019 dans la région de Fort Liard ont révélé des mortalités de grenouilles des bois qui ont été attribuées à des ranavirus, ce qui indique que les ranavirus sont également persistants dans les populations d’amphibiens nordiques. Le travail de terrain intensif mené de 2015 à 2017 s’est concentré sur l’écologie et l’évolution des ranavirus amphibiens dans la région de Fort Smith. Ce travail a permis de détecter au moins deux souches distinctes de ranavirus mortels circulant parmi les grenouilles des bois, les rainettes faux-grillons boréales et les crapauds du Canada. Il existe également des données probantes selon lesquelles la composition particulière des espèces d’amphibiens présentes dans une communauté écologique influence la dynamique de l’infection. Bien que l’on ne sache pas précisément depuis combien de temps les ranavirus circulent dans les populations d’amphibiens nordiques, de nombreuses données probantes semblent indiquer que cela fait moins de 100 ans.
Le rôle des reptiles est un aspect de l’écologie des ranavirus qui reste relativement peu exploré. Plusieurs souches de ranavirus isolées à l’origine chez des amphibiens d’Amérique du Nord, notamment des grenouilles des bois, peuvent provoquer des infections mortelles chez de nombreuses espèces de serpents et de tortues.
Dans le cadre d’une première tentative d’examen du rôle des reptiles dans l’écologie du ranavirus dans les écosystèmes boréaux, les couleuvres à flancs rouges tuées sur la route et retrouvées dans la région de Fort Smith entre 2015 et 2017 ont été soumises à des tests d’infection par le ranavirus. Bien que toutes les carcasses se soient révélées négatives, la petite taille de l’échantillon et la nature opportuniste de l’échantillonnage n’ont pas permis de tirer des conclusions générales sur la maladie à ranavirus chez les couleuvres aux TNO.
Une autre maladie infectieuse, la maladie fongique du serpent (causée par Ophidiomyces ophiodiicola), est potentiellement préoccupante pour les serpents des TNO. Le champignon peut provoquer des infections débilitantes et mortelles chez plusieurs espèces de serpents d’Amérique du Nord, y compris des membres du genre Thamnophis, et son aire de répartition semble s’étendre. Des échantillons de tissus de grenouilles des bois et d’eau de zones humides ont été prélevés dans plusieurs zones humides de la région du Slave Sud (Fort Smith et Fort Resolution) en 2012 et 2015 afin de détecter la présence de métaux, dont le mercure et l’arsenic, et de contaminants organiques (hydrocarbures aromatiques polycycliques et acides naphténiques). Les analyses d’eau ont été réalisées peu après la collecte de chaque année, mais les analyses de tissus n’ont été réalisées qu’au début de l’année 2018 pour différentes raisons techniques. Les analyses statistiques et l’interprétation de ces données sont en cours.
En ce qui concerne les initiatives de surveillance des amphibiens, il est utile de savoir que ces derniers commencent à pousser des cris d’accouplement très peu de temps après la fonte de la glace sur les bords des étangs au printemps, et cette pratique ne se poursuit pas tout le printemps ni l’été. Toute méthodologie reposant sur la détection des cris d’accouplement doit commencer au plus tard le 15 mai (plus tôt si possible) et doit tenir compte du fait que la plupart des individus de toutes les espèces auront cessé d’émettre des cris avant le 15 juin.
Un autre aspect important de la biologie des amphibiens nordiques est que les populations nordiques d’amphibiens ont tendance à être plus colorées et à présenter des motifs plus diversifiés que leurs congénères plus au sud et à l’est de leurs aires de répartition respectives. Les grenouilles des bois ont des couleurs et des taches particulièrement variées dans le nord et peuvent être confondues avec des grenouilles léopards ou des crapauds. Il faut donc faire attention lors de l’identification.
L’utilisation croissante de l’ADN environnemental pour détecter des espèces rares ou difficiles à localiser ainsi que des agents pathogènes de la faune mérite d’être commentée. Bien que cette méthodologie importante permette de résoudre de nombreux problèmes logistiques liés à l’échantillonnage sur le terrain, elle n’est pas une recette miracle et ses limites doivent être reconnues. À titre d’exemple, des échantillons mal choisis et mal manipulés, une contamination croisée sur le terrain et la présence d’inhibiteurs de la réaction en chaîne de la polymérase (PCR) dans les eaux naturelles des zones humides peuvent neutraliser complètement la valeur des résultats des tests. Les biologistes sont encouragés à consulter des experts bien avant d’intégrer l’ADN environnemental dans une étude et doivent également anticiper les ramifications des faux positifs ou des faux négatifs dans leur étude.
Enfin, il est important de pratiquer une bonne hygiène sur le terrain pour éviter de déplacer accidentellement les propagules des espèces envahissantes et des agents pathogènes d’un endroit à l’autre. Il n’est pas nécessaire de les étudier, ni même d’en être conscient, pour les propager involontairement dans la nature.
Chacun peut contribuer à la collecte d’informations utiles sur les amphibiens et les reptiles des TNO en apprenant à identifier les espèces et en signalant ses observations sur des sites Web conviviaux tels que iNaturalist ou au bureau du MECC le plus proche. Les cas de mortalité de masse doivent être immédiatement signalés au bureau du MECC le plus proche.

