Hémiptéroïdes
Les hémiptéroïdes (Hemiptera), couramment appelés punaises, sont un ordre d’insectes diversifiés, caractérisés par leurs pièces buccales leur permettant de piquer et de sucer. Ils se développent par métamorphose hémimétabole, ou progressive, ce qui veut dire que les nymphes nouvellement écloses ont l’apparence d’adultes miniatures sans ailes. Ils grandissent et muent habituellement cinq fois; leurs ailes apparaissent typiquement après la troisième ou la quatrième mue. Les hémiptéroïdes adultes ont généralement deux paires d’ailes entièrement développées, mais, comme tout dans la nature, il y a des exceptions. Plusieurs espèces, dont certaines présentes aux TNO, sont brachyptères (avec des ailes semi-développées), ou aptères (sans ailes). Les ailes antérieures peuvent avoir une apparence différente selon l’espèce à laquelle elles appartiennent, soit transparentes et membraneuses, mi-sclérifiées ou complètement sclérifiées et fusionnées ensemble.
Géographiquement, les TNO abritent une composition intéressante de faune hémiptéroïde. Bien qu’il n’y ait aucune espèce endémique connue, la limite septentrionale de l’aire de répartition de plusieurs espèces se trouve dans le quart sud des TNO, tandis que plusieurs autres ne sont observées que dans la toundra ou dans le Haut-Arctique. De plus, la répartition de plusieurs espèces principalement paléarctiques s’étend sur l’Alaska, le Yukon et les TNO, un résultat de la migration par le pont continental de Béring.
À l’heure actuelle, l’ordre Hemiptera se divise en quatre sous-ordres, trois desquels comprennent des espèces observées aux TNO et en Amérique du Nord : il s’agit de ceux des Auchenorrhyncha (hémiptéroïdes libres), des Heteroptera (punaises) et des Sternorrhyncha (pucerons phytophages et cousins). On ne retrouve aucun membre des Ternorrhyncha (hémiptères parasites des plantes) ici.
Les membres du sous-ordre des Sternorrhyncha sont phytophages; on y retrouve notamment les pucerons, les aleurodes et les cochenilles. Ces espèces ont des cycles de vie diversifiés, dont beaucoup sont complexes, comportant différentes formes et potentiellement de multiples hôtes, tandis que d’autres sont des généralistes parthénogéniques.
La famille des pucerons (Aphididae) est la famille la plus diversifiée actuellement recensée aux TNO, représentant environ 20 % des espèces d’hémiptéroïdes connues, et plusieurs autres sont susceptibles d’être découvertes. Cette famille comprend également toutes les espèces exotiques d’hémiptéroïdes signalées aux TNO. Nombre de ces espèces, ainsi que plusieurs espèces endémiques, sont des parasites connus des plantes. Nous ne connaissons pas encore l’impact écologique de leur présence sur les forêts des TNO.
Les membres du sous-ordre des Auchenorrhyncha sont aussi exclusivement phytophages. On comprend parmi leurs rangs les cicadelles, les aphrophores, les membrax et la remarquable cigale canadienne (Okanaga canadensis). Cette espèce est la deuxième en taille parmi les hémiptéroïde présents aux TNO, et elle a été observée au parc territorial Sambah Deh, soit l’endroit le plus septentrional où une cigale a été observée dans le monde entier!
La famille d’hémiptéroïdes la plus diversifiée et la plus importante aux TNO est celle des Cicadellidae, ou des cicadelles. Ces dernières représentent à peu près un quart des espèces d’hémiptéroïdes des TNO.
Les membre du sous-ordre des Heteroptera, connus pour leurs ailes antérieures mi-sclérifiées et mi-membraneuses, présentent la plus grande diversité écologique. La majorité d’entre eux sont phytophages, mais plusieurs groupes sont omnivores, prédateurs ou même parasites. Les punaises de plantes (de la famille des Miridae) constituent le groupe le plus diversifié. Les punaises des plantes (famille des miridés) constituent le groupe le plus diversifié. La plus grande espèce d’hémiptéroïde des TNO est le léthocère (Lethocerus americanus), aussi connu sous le nom de punaise d’eau géante, au stade adulte. Cette espèce est facilement repérable, car elle peut atteindre plus de 5 cm de long et s’envole vers de nouveaux étangs à la fin de l’été. Ce sont des prédateurs féroces qui se nourrissent d’animaux aquatiques, y compris de petits poissons et de têtards. Cette espèce est commune dans l’extrême sud des TNO et, au cours des 15 dernières années, elle augmente graduellement sa présence dans le nord, jusqu’à Yellowknife. Cette dispersion vers le nord pourrait être due au climat qui se réchauffe.
Un autre taxon intéressant est celui des Saldidae. Les insectes de cette famille sont des prédateurs qui chassent de petits arthropodes principalement sur les rives des plans d’eau, y compris des océans. Plusieurs espèces se sont adaptées à la vie le long des côtes de l’océan Arctique, dont Chiloxanthus arcticus qui, au Canada, n’a été observée qu’aux TNO.
Nous avons encore beaucoup à apprendre au sujet de la faune hémiptère des TNO. Pour de nombreuses espèces, aucune donnée n’existe sur leur répartition; les signalements de la plupart d’entre elles se comptent sur les doigts d’une main. Il est probable que de nombreuses autres espèces d’hémiptéroïdes attendent encore d’être découvertes.
Les Territoires du Nord-Ouest comptent 391 espèces d’hémiptéroïdes connues, et nous soupçonnons la présence d’au moins deux autres espèces.

