La biodiversité

Chrysopes et espèces apparentées

Les chrysopes et espèces apparentées sont des insectes de l’ordre des neuroptères (du latin « insectes aux ailes en filet »), un ordre relativement restreint, principalement présent dans les régions tropicales. Les TNO en abritent au moins trois familles : les chrysopes vertes (famille des Chrysopidae), les chrysopes brunes (famille des Hemerobiidae) et les sisyres (famille des Sisyridae). On aurait découvert, lors de récentes captures non vérifiées, que des membres d’une autre famille, les conioptérygidés (famille des Coniopterygidae), sont également présents aux TNO.

En règle générale, les neuroptères adultes ont un corps étroit et cylindrique, de longues antennes et de longues ailes qui se dressent en forme de tente au-dessus du corps lorsqu’ils sont au repos. Les ailes avant et arrière sont de taille et de forme similaires et sont nervurées (en forme de filet). Les ailes ressemblent à celles des libellules, mais contrairement à celles-ci qui maîtrisent l’art de voler, les chrysopes ont généralement du mal à voler. Elles sont semblables aux libellules dans la mesure où elles sont des prédateurs voraces d’autres insectes, tant au stade larvaire qu’adulte. Certaines espèces de chrysopes sont d’importants prédateurs de parasites agricoles et forestiers, comme les pucerons. Les chrysopes vertes et les chrysopes brunes sont toutes deux attirées par la lumière et se retrouvent souvent dans les maisons les nuits d’été.

En général, les œufs de chrysopes sont pondus au printemps sur des plantes abritant des proies, comme les pucerons. Les œufs sont pondus en grappes, chaque œuf étant suspendu au-dessus de la surface des feuilles au bout d’une longue tige. Cela isole l’œuf de la feuille et des œufs voisins, évitant ainsi la prédation par les membres de leur propre espèce et d’autres insectes, comme les coccinelles, qui se nourrissent également couramment de pucerons. Les jeunes larves de chrysopes sont dotées d’une paire de pièces buccales en forme de faucille qu’elles utilisent pour percer de petits insectes et leur injecter des enzymes digestives. Ensuite, elles inversent le flux et absorbent les fluides corporels et les organes dissous. Certaines espèces se couvrent de débris pour créer une sorte de manteau qui leur sert à la fois de camouflage et de coquille protectrice. Pour grandir, une larve de chrysope doit périodiquement muer (changer d’exosquelette). Une fois qu’elle a atteint sa taille adulte, la larve tisse un petit cocon de soie dans lequel elle se transformera en pupe. Après quelques jours à plusieurs semaines, elle se transforme en adulte ailé. La taille des chrysopes adultes varie de 6 à 20 mm. Le temps de développement de l’œuf à l’adulte varie de quelques semaines ou mois à un an ou plus selon les espèces, l’abondance de nourriture et la température. Lorsque l’adulte émerge, il s’accouple et, s’il est suffisamment tôt dans l’été, la femelle peut pondre des œufs et produire une deuxième génération. La chrysope adulte continuera à se nourrir d’autres insectes, de pollen et d’autres sources de nourriture jusqu’à l’automne, puis cherchera une cachette appropriée pour passer les mois d’hiver.

Les chrysopes vertes ont des organes auditifs très sensibles, appelés tympans, situés à la base des ailes avant. Ces tympans sont utilisés à la fois pour détecter les appels d’accouplement à basse fréquence des partenaires à proximité et pour détecter les appels ultrasoniques des chauves-souris afin d’éviter la prédation. Ces organes pourraient également les aider à détecter et à localiser les proies se nourrissant de plantes.

Chez les sisyres, la larve aquatique utilise son appareil buccal filiforme pour percer le revêtement des éponges d’eau douce et des bryozoaires (animaux-mousses) et d’ingérer leur contenu. Elle respire grâce à des branchies situées sur l’abdomen. À l’âge adulte, les sisyres sortent de l’eau pour tisser un cocon dans un endroit protégé, puis se transforment en pupe et émergent l’année suivante sous leur forme adulte qui ressemble beaucoup à une chrysope brune. Après l’accouplement, la femelle pond des œufs sur des feuilles surplombant l’eau. Cela permet aux larves de tomber dans l’eau et de commencer immédiatement à chercher des animaux-mousses.

Comme la plupart des groupes d’insectes, les neuroptères ont été prélevés de façon sporadique dans un nombre relativement restreint de sites au Canada et ne sont pas bien représentés dans les musées. Ce que nous savons actuellement des neuroptères aux TNO est basé sur une revue de la littérature et des spécimens conservés dans les musées. Cette revue a permis de recenser environ 120 spécimens provenant de 25 collections datant de 1922 à 2013 (ce nombre contraste avec les 2 900 oiseaux observés lors du recensement des oiseaux de Noël à Yellowknife, en 2013). On a prélevé 154 spécimens supplémentaires de 2014 à 2020, mais à l’heure actuelle, seuls six d’entre eux ont été définis comme une différente espèce. Grâce à l’étude des spécimens restants, on devrait pouvoir en ajouter au moins un de plus à la liste des espèces et recueillir des données supplémentaires sur la répartition de ces insectes.

La plupart de ces spécimens ont été prélevés près du Grand lac des Esclaves, de Fort Smith, du Grand lac de l’Ours, de la vallée du fleuve Mackenzie, du delta du Mackenzie (près d’Inuvik), à Tuktoyaktuk et le long de la route Dempster. L’espèce la plus septentrionale est la chrysope brune (Wesmaelius nervosus) de l’île Victoria. Cela indique que certaines espèces peuvent être trouvées partout aux TNO au sud du cercle polaire arctique et dans des habitats favorables au nord de celui-ci.

Un échantillonnage plus intensif et plus étendu devrait permettre d’augmenter le nombre d’espèces connues aux TNO. La région boisée et topographiquement diversifiée de l’extrême sud-ouest, près de Fort Liard, et les basses altitudes de la réserve de parc national Nahanni sont susceptibles de présenter le plus grand nombre d’espèces de neuroptères. En allant vers le nord et l’est à partir de là, les chances de trouver de nouveaux spécimens ou une plus grande diversité diminuent, mais cela ne signifie pas que ces zones doivent être négligées. Depuis 2015, deux espèces de chrysopes brunes ont été nouvellement observées près du Grand lac des Esclaves. Nous ne savons pratiquement rien de la répartition des espèces dans la vaste étendue des TNO, de sorte que chaque prélèvement fournit des informations précieuses sur la biodiversité de cette région. Il est essentiel de recueillir dès maintenant des données de base sur la répartition des espèces si nous souhaitons évaluer les effets du changement climatique sur la faune des TNO.

La présence de 16 espèces de chrysopes est confirmée aux TNO, y compris celle de la chrysope verte commune, incluse dans la liste ci-dessous en tant que complexe unique d’espèces. Ce taxon doit faire l’objet d’études supplémentaires afin de déterminer quelles autres espèces sont présentes aux TNO. On estime que huit autres espèces devraient y être présentes.