Coléoptères
Les coléoptères, de l’ordre des Coleoptera, forment l’ordre le plus varié des insectes (phylum : arthropodes; classe : Insecta). Les coléoptères sont d’ailleurs le groupe d’animaux le plus diversifié au monde.
On reconnaît facilement les coléoptères à leurs élytres, ailes antérieures servant d’étui qui peuvent être particulièrement colorées ou pas, et qui peuvent parfois être courtes, comme c’est le cas pour le staphylin. Les coléoptères sont répandus tout autour de nous, et vivent aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.
La majorité des diverses espèces de coléoptères aux Territoires du Nord-Ouest (TNO) vivent dans la forêt boréale, mais on trouve également de nombreuses espèces au nord de la limite des arbres. Par exemple, les dytiques (coléoptères aquatiques) sont particulièrement communs dans les étangs de la toundra et sur les berges des lacs.
Les coléoptères occupent une place essentielle dans les écosystèmes terrestres et d’eau douce du Nord, car ils font aussi bien figure de prédateurs que de détritivores, d’herbivores, de fungivores, de charognards et de proies pour d’autres animaux.
Il est primordial d’étudier les insectes dans les habitats nordiques afin de répondre aux questions environnementales et écologiques qui nous permettront de comprendre les écosystèmes du Nord. Notre région subit les effets du changement climatique à une vitesse effrénée, c’est pourquoi il est impératif de comprendre dans quelle mesure le réchauffement climatique dans le Nord se répercutera sur la diversité animale et sur la santé générale de ses écosystèmes.
L’étude des insectes peut également aider à cerner les effets de l’activité humaine sur l’environnement. En effet, les insectes peuvent notamment servir de bioindicateurs de la pollution, en plus de nous aider à répondre à des questions sur l’évolution et sur le développement de la biodiversité dans le Nord au fil du temps, et ce, au vu des variations environnementales passées.
La liste des coléoptères inclus dans la Classification de la situation générale des TNO a été établie à l’aide de fiches historiques – eux-mêmes étant le fruit de décennies d’efforts concertés entre personnes désirant comprendre la biodiversité sur le territoire – ainsi qu’au moyen de récents projets de surveillance de la biodiversité.
Les premières études sur les coléoptères dans le Nord ont été menées par quelques entomologistes particulièrement prolifiques, tels que Carl Lindroth et George E. Ball à la fin des années 1950 et dans les années 1960, et ont été incluses dans une publication phare parue en 1969, The Ground Beetles of Canada and Alaska. Depuis, les projets de recherche nous ont permis de mieux comprendre la diversité et la biologie des coléoptères dans le Nord, mais nous continuons de mettre à jour les informations existantes.
Les citoyens scientifiques – des naturalistes amateurs aux entomologistes professionnels – jouent un rôle central dans les efforts de surveillance des insectes. Toute observation d’insectes aux TNO est une source d’information qui peut aboutir à la description de nouvelles espèces et à la redéfinition des aires de répartition.
La collection d’insectes peut être particulièrement enrichissante : si vous collectionnez les coléoptères, assurez-vous d’inscrire le lieu, la date, l’heure et l’habitat où vous avez trouvé les différents spécimens. Vous pouvez identifier ces derniers au moyen de différentes clés d’identification, dont plusieurs sont disponibles en ligne, ou en faisant appel à un aîné ou à un entomologiste.
La famille des Staphylinidae est celle qui comprend le plus grand nombre de spécimens aux TNO. Oscillant entre 1 mm et près de 4 cm de long, les staphylins sont aisément reconnaissables à leurs petits élytres, ce qui, à première vue, peut faire penser aux perce-oreilles (ou forficules), mais leur abdomen est dépourvu des cerques (pinces) caractéristiques de cette dernière espèce. Si ces élytres courts laissent la majeure partie de l’abdomen découvert, ils recouvrent malgré tout les ailes postérieures.
De nombreuses espèces de staphylins vivent dans la région holarctique, dans les écozones paléarctique (nord de l’Europe et Russie) et néarctique (nord du Canada et Alaska). Même s’ils sont facilement identifiables de prime abord à leurs élytres, il faut souvent disséquer leurs parties génitales pour déterminer l’espèce, ce qui nécessite une bonne dextérité ainsi que l’utilisation d’un microscope de qualité. Bon nombre de staphylins peuvent voler, mais certaines espèces en sont incapables. Ils n’en restent pas moins des prédateurs actifs qui se nourrissent d’autres insectes. Les staphylins préfèrent les habitats humides, c’est pourquoi on les observe souvent dans les litières de feuilles et dans divers substrats dans la plupart des écosystèmes. On trouve même des staphylins à l’extrême Nord, bien au-delà de la limite des arbres. Une fois que l’on sait reconnaître cette famille et que l’on sait à quelles caractéristiques se fier, on aperçoit des staphylins partout.
Les dytiques, de la famille des Dytiscidae, font partie des coléoptères les plus répandus dans nos habitats d’eau douce. Habituellement de forme ovale, dotés d’un corps plat et fuselé, et oscillant entre 1 mm et plus de 4 cm de longueur, ils sont d’habiles nageurs.
Comme c’est le cas pour tous les insectes, ces coléoptères sont sous-étudiés et la diversité actuelle des espèces est sous-estimée. Il existe vraisemblablement des espèces non décrites et on s’attend à en découvrir de nouvelles au gré du changement climatique. Les dytiques sont de redoutables nageurs, prédateurs et parfois même cannibales. Les adultes peuvent voler, ce qui leur permet de coloniser facilement de nouveaux plans d’eau et ce qui pourrait expliquer leur présence abondante dans le Nord, qui regorge de lacs et d’étangs de toundra. Nombre d’espèces peuvent coexister au sein d’un même étang, sûrement en partie parce que leurs préférences en matière d’habitat diffèrent (par exemple, certaines occupent les eaux de surface tandis que d’autres peuplent des eaux plus profondes). La taille des espèces peut également entrer en ligne de compte, car c’est ce qui détermine la taille et le type de proies qu’elles pourchassent. Tout comme les adultes, les larves (parfois appelées « tigres d’eau ») sont de redoutables prédateurs. On les trouve dans les eaux de surface de nombreux étangs, où elles attendent et surveillent tout mouvement en vue de repérer une possible proie. Elles sont pourtant dépourvues d’yeux et scrutent leur environnement à l’aide de simples photorécepteurs. Les dytiques sont présents dans la quasi-totalité des plans d’eau, sous réserve qu’ils puissent échapper aux autres prédateurs, comme les poissons ou les larves de libellules, et qu’ils disposent de sources de nourriture suffisantes.
Parmi les potentielles menaces auxquelles doivent faire face les dytiques aux TNO figurent le changement climatique et le changement de l’écologie dans l’Arctique et le Subarctique. Le dégel du pergélisol, la hausse de la température des eaux et le changement de la couverture neigeuse touchent l’habitat des dytiques. Les espèces naturellement plus rares, telles que l’Hydroporus aurora et l’Agabus pallens, pourraient être plus sensibles à ces changements d’habitat, dans la mesure où elles ne vivent que dans le nord de l’Amérique du Nord.
Le gyrin, de la famille des Gyrinidae, peuple les eaux calmes des lacs et étangs, où on peut l’apercevoir en train de nager fébrilement en rond ou d’exécuter d’autres mouvements complexes. Le nom de ce coléoptère évoque d’ailleurs ces girations. À l’image des dytiques, les gyrins adultes possèdent un corps lisse, ovale, généralement noir ou foncé et fuselé, et ils peuvent plonger tout en respirant grâce à une bulle d’air retenue sous leurs élytres. Si vous êtes en mesure de trouver un gyrin, observez-le de plus près et vous remarquerez qu’en plus d’avoir des pattes bien adaptés à la nage, il possède deux paires d’yeux : une paire à l’extérieure de l’eau et la seconde plongée sous l’eau. Cette adaptation physique est d’autant plus fascinante qu’on la retrouve sur des fossiles de gyrins datant du Jurassique moyen (vieux de 175 à 163 millions d’années environ). Le comportement du gyrin comme son adaptation physique en font un excellent prédateur capable de s’attaquer aux autres invertébrés aquatiques. Tout comme le dytique, le gyrin évolue dans les étangs de toundra et les lacs (ou dans des eaux à faible courant), et une perte de cet habitat pourrait avoir de lourdes conséquences sur l’abondance de cet insecte fascinant.
Les méloés, de la famille des Meloidae, produisent une substance huileuse qui suinte de leurs articulations lorsqu’ils se sentent menacés, ce qui leur vaut leur surnom de « oil beetles » en anglais. Cette substance contient un poison, la cantharidine, qui peut causer des sensations de brûlure et des ampoules si elle entre en contact avec la peau. Les membres de cette famille ont une apparence qui attire l’œil, du fait de leur abdomen démesurément grand par rapport à leur tête et leur thorax, et qui les rend facilement reconnaissables. Leurs élytres recouvrent leur abdomen, ce qui leur donne une forme qui évoque les jupons bouffants des femmes aux XVIIIe siècle. Les espèces présentes aux TNO sont de couleur noire. Les larves de toutes les espèces de méloés sont hypermétamorphiques, ce qui signifie qu’elles passent par différents stades avant de se transformer en nymphes et d’atteindre l’âge adulte. Elles sont également mobiles : elles s’accrochent à des abeilles pollinisatrices afin d’être portées jusqu’au nid de ces dernières, où elles peuvent ensuite se nourrir des larves d’abeilles ou d’autres ressources présentes dans le nid. La survie des méloés dépend donc de la bonne santé des populations d’abeilles pollinisatrices.
Les coléoptères de la famille des Trogidae sont des organismes charognards et sont généralement les derniers insectes de ce type à se rendre sur une carcasse, où ils dévorent les restes de peau desséchée, de plumes ou de fourrure. Ils sont les seuls membres de la superfamille des Scarabaeoidea à avoir la capacité à se nourrir de kératine (adultes comme larves), ce qui fait d’eux des éléments essentiels du processus de recyclage des nutriments dans la terre. Les Trogidae sont petits et présentent une carapace rugueuse. Ils ont tendance à s’enfouir dans le sol et à rester totalement immobiles lorsqu’on les dérange, ce qui les rend particulièrement difficiles à observer.
On a confirmé l’existence de 1 140 espèces de coléoptères aux TNO, dont 26 espèces qui n’y sont pas endémiques. On estime que 12 autres espèces y sont sûrement présentes.

