La biodiversité

Perles

Les plécoptères forment un ordre d’insectes plutôt modeste. Ils sont caractérisés par un stade immature aquatique (nymphe)  pour la plupart des espèces et un stade adulte terrestre. On retrouve les nymphes principalement dans les ruisseaux et les rivières, bien que certaines espèces puissent vivre sur les rives des lacs balayées par les vagues, particulièrement près des lacs frais du Nord ou à haute altitude. Quant aux plécoptères adultes, ils vivent près des ruisseaux, dans la végétation ou sur (ou sous) des roches meubles situées en bordure des cours d’eau. Les perles sont présentes sur tous les continents, sauf en Antarctique.

Le développement de la perle du stade d’œuf à celui d’adulte s’effectue en une année, quoique certaines espèces ont un cycle de vie plus court tandis que d’autres peuvent vivre jusqu’à quatre ans. Selon les espèces, les œufs peuvent être largués à la surface de l’eau par l’insecte en vol, qui peut aussi les laisser sur les roches situées près du rivage sur lesquelles il se déplace. Chez quelques espèces, les femelles entrent dans l’eau et se déplacent sur le lit du cours d’eau pour y déposer leurs œufs. Les œufs sont munis de structures liantes ou d’un revêtement collant qui leur permet de se fixer à des substrats pour éviter d’être emportés par le flot des cours d’eau. Chez la majorité des espèces, les œufs se développent rapidement et sont prêts à éclore au bout de trois ou quatre semaines. Cela dit, les œufs de certaines espèces vivant dans des cours d’eau intermittents ou dans des ruisseaux qui connaissent de grands écarts de température peuvent accuser un retard dans leur développement, ce qui leur permet d’éclore lorsque les conditions sont propices. Les œufs d’autres espèces peuvent suspendre leur développement pendant plusieurs années.

Presque toutes les espèces de perles passent la plus grande partie de leur cycle de vie en tant que nymphe dans l’eau, et leur survie dépend des conditions de leur habitat. Les perles ont absolument besoin d’eau propre et bien oxygénée pour survivre, et la plupart des espèces nécessitent des températures d’eau, des ressources alimentaires et des substrats particulièrement précis. Ceci entraîne des différences de répartition des espèces le long des ruisseaux en fonction de leur habitat, ainsi qu’au sein de microhabitats près des ruisseaux. Ainsi, certaines espèces préfèrent vivre dans des tas de feuilles, alors que d’autres vivront plutôt sur ou contre des roches, voire dans des substrats graveleux profondément enfouis au fond d’un ruisseau.

Les nymphes des espèces vivant surtout dans un climat tempéré ou nordique éclosent des œufs en été, et se développent tout au long de l’automne et du printemps pour devenir des adultes en été pendant la saison des eaux libres. Quelques espèces, connues sous le nom de « perles d’hiver » (membres des familles des Capniidae et des Taeniopterygidae), deviennent adultes lorsqu’il y a encore de la glace, et peuvent s’accoupler sur ou sous la glace sans quitter le ruisseau. La majorité des espèces nordiques vivent dans des cours d’eau qui ne gèlent pas complètement et les nymphes sont actives sous l’eau. Quant aux espèces qui vivent dans de petits ruisseaux ou des cours d’eau intermittents, elles peuvent passer l’hiver gelées, dans la glace, sous forme d’œuf ou de nymphe qui peut arrêter son développement lors d’un processus appelé « diapause ».

Selon les espèces, les nymphes de perles s’alimentent différemment, mais se rangent principalement dans deux catégories : les herbivores-détritivores et les prédatrices. Les nymphes herbivores-détritivores comportent les « déchiqueteuses », qui déchirent et mangent d’assez grands fragments de matières végétales mortes (comme des feuilles mortes) dans l’eau, et les nymphes « collectrices », qui ramassent et consomment de fines particules de détritus. Quant aux nymphes prédatrices, elles se nourrissent surtout d’autres insectes aquatiques. Ces catégories ne sont toutefois pas fixes : plusieurs espèces prédatrices peuvent se nourrir de détritus lorsqu’elles sont jeunes tandis que certaines nymphes collectrices peuvent tout aussi bien s’alimenter en grattant les algues qui se trouvent sur les roches et la végétation submergée. Parmi les nymphes présentes aux TNO, les membres des familles des Capniidae, des Leuctridae, des Nemouridae, des Taeniopterygidae et des Pteronarcyidae se nourrissent de détritus alors que les membres des familles des Chloroperlidae, des Perlidae et des Perlodidae sont surtout considérés comme des prédateurs.

Les perles adultes peuvent vivre pendant une, voire quelques semaines, et demeurent généralement près du ruisseau ou du lac d’où elles ont émergé (« éclosion »). Durant leur émergence, les nymphes de la majorité des espèces sortent de l’eau en rampant, puis grimpent sur les roches ou la végétation sur la berge des ruisseaux. Les perles adultes s’extirpent de leur peau nymphale (exosquelette) par une fente qui se forme le long de leur dos. Lorsqu’elles viennent d’émerger, leurs corps est mou et habituellement de couleur pâle. À ce stade de leur développement, on les qualifie de « ténérales ». Toutefois, leur carapace durcit rapidement et elles se déplacent vers la végétation ou des crevasses le long du rivage pour commencer à chercher un partenaire. Certaines perles adultes ne mangent pas tandis que d’autres se nourrissent d’algues, de lichen, de pollen ou de nectar. Les perles adultes ne volent pas très bien. La plupart du temps, elles s’accrochent à la végétation ou se cachent sous des roches.

Pour trouver leur partenaire, les perles de l’hémisphère Nord utilisent une méthode unique appelée « tambourinage ». Elles commencent par se rassembler près de la rive d’un ruisseau ou d’un lac, puis les mâles appellent les femelles en frappant leur abdomen sur une surface rigide selon un rythme propre à leur espèce. Les femelles vierges répondent à l’appel des mâles, puis demeurent en un seul lieu pour que les mâles puissent les trouver. Tant les mâles que les femelles s’appellent et se répondent jusqu’à ce que les mâles aient trouvé une femelle, auquel cas, le mâle et la femelle s’accouplent.

Les perles représentent depuis longtemps une source de « nourriture pour poissons » dans nos ruisseaux et nos rivières, et sont généralement bien connues des pêcheurs à la mouche. En raison de leurs diverses habitudes alimentaires, les perles sont importantes pour tous les niveaux des réseaux alimentaires aquatiques. Ainsi, certaines espèces contribuent à la décomposition des détritus dans les ruisseaux alors que d’autres sont des prédatrices à part entière. Toutes les espèces de perles constituent une source de nourriture pour les autres animaux prédateurs dans les ruisseaux ou les lacs où elles résident. Les perles adultes peuvent aussi faire office de nourriture de premier plan pour les oiseaux et d’autres animaux insectivores terrestres.

De plus, parce que les perles nécessitent une eau propre et bien oxygénée pour survivre, nous en sommes venus à les utiliser comme « bioindicatrices ». En effet, nous pouvons évaluer l’état des cours d’eau en observant la diversité et l’abondance des différentes espèces de perles et d’autres invertébrés des cours d’eau. Malheureusement, la pollution qui touche plusieurs zones industrialisées a entraîné des déclins majeurs chez les perles sur toute la planète.

Les TNO comptent 37 espèces de perles, et nous soupçonnons la présence d’une autre espèce.