Odonates
Les libellules et les demoiselles sont des odonates (de l’ordre Odonata), mot qui signifie « pourvu de dents »; en effet, les adultes et les larves mâchent tous deux leurs proies vivantes. Par contre, elles sont inoffensives pour les humains, car elles ne mordent pas et ne piquent pas non plus. On peut parfois croire qu’elles nous attaquent, mais elles rassemblent les mouches noires, moustiques, mouches à chevreuil et taons qui nous dévorent. Les odonates ont de grandes ailes, de longs corps et de courtes antennes.
Cet ordre unique comporte deux types d’insectes. Les premiers, celui des libellules (du sous-ordre Anisoptera) gardent leurs ailes à l’horizontale au repos, ont une tête compacte, et leurs yeux sont très rapprochés, séparés par un espace moins large que l’œil lui-même. Les seconds, les demoiselles, gardent, quant à eux, leurs ailes à la verticale au repos, et l’espace entre leurs yeux est plus large que leurs yeux.
Les odonates adultes pondent leurs œufs dans l’eau ou à proximité. Les minuscules œufs éclosent en une semaine ou passent l’hiver pour éclore au printemps. Les larves brun-vert, que l’on appelle nymphes, ont une lèvre inférieure (labium) dotée de pinces qui peut être projetée en 1/100e de seconde pour capturer leurs proies. Pendant leur croissance, les nymphes muent entre 8 et 17 fois avant de quitter l’eau et de grandir en avalant de l’air : la peau se fend une dernière fois et une créature pâle en émerge. Initialement, leurs ailes paraissent flétries, mais elles se déplient graduellement alors que leur corps se solidifie et leurs couleurs se développent. Quelques heures seulement après leur sortie de l’eau, les libellules atteignent leur maturité et prennent leur envol pour la première fois. Chez certaines espèces, le mâle défend son territoire, et chez d’autres, il exécute des vols nuptiaux complexes. Lors de la reproduction, le mâle retient le corps de la femelle avec la pointe de son abdomen.
Les espèces des TNO ont des tailles très variées. Elles peuvent être très grosses, comme l’æschne porte-crosses (qui mesure 8 cm de long), ou très petites, comme la déesse paisible (qui mesure 3 cm de long). Certaines espèces ne peuvent être observées que dans des habitats aquatiques spécifiques. Par exemple, les nymphes de l’ophiogomphe boréal vivent seulement en eaux vives, comme les rapides et les chutes, alors que les nymphes du sympétrum éclaireur vivent dans des mares éphémères peu profondes. La plupart des libellules ténoises vivent dans la forêt boréale; la répartition de seules quelques espèces (Aeshna junca et Coenagrion resolutum) s’étend jusqu’à la toundra. En 2017, une Aeshna junca a été photographiée pour la première fois sur l’île Banks, ce qui en fait le recensement le plus nordique d’une libellule au Canada. En 2019, quatre autres espèces ont été recensées pour la première fois dans l’écozone du sud de l’Arctique, soit le sympétrum noir, l’æschne porte-crosses, l’æschne septentrionale et la cordulie annelée.
Pour plusieurs, les libellules et les demoiselles constituent d’importants symboles de la nature. Elles la représentent donc dans des œuvres d’art, des publicités et des logos de compagnies et de programmes.
Elles sont étudiées à titre d’indicateurs de la santé de l’environnement; elles ont une incidence importante sur l’écosystème, car elles jouent des rôles essentiels, tant comme prédateur que comme proie. Elles consomment de nombreux insectes nuisibles, notamment les mouches piqueuses, en plus de faire, à leur stade larvaire, partie de l’alimentation d’un grand nombre de poissons et d’oiseaux, comme les oisillons de la grue blanche, une espèce en péril.
Nous en avons encore beaucoup à apprendre au sujet des libellules ténoises. Si vous visitez une région des TNO ou y vivez, vous pourriez nous aider à documenter les libellules du Nord : les photos sont les bienvenues! Il est possible de collecter des spécimens, mais seulement si la population est nombreuse. Les spécimens collectés devraient être placés individuellement dans une enveloppe, les ailes repliées sur le dos de l’insecte. Sur l’enveloppe, nous devons pouvoir lire la date et le lieu de la collecte, ainsi que le nom de la personne l’ayant faite. Par la suite, l’enveloppe doit être surgelée, placée dans un endroit sec pour qu’elle se dessèche, puis expédiée dans une boîte afin de prévenir tout dommage. La boîte peut être adressée au ministère de l’Environnement et du Changement Climatique.
Les Territoires du Nord-Ouest comptent 42 espèces d’odonates connus, et nous soupçonnons la présence d’onze autres espèces.

