Mollusques
Les mollusques sont des invertébrés très diversifiés. Sur le plan de l’abondance et de la diversité à l’échelle mondiale, les mollusques ne sont surpassés que par les arthropodes. Environ un quart de toutes les espèces marines sont des mollusques. Tous les mollusques sont dotés d’un manteau, d’une cavité pour respirer et pour excréter des matières, et d’un système nerveux. Cette forme corporelle de base se décline en de nombreuses variantes fascinantes. De nombreux mollusques sont d’importantes sources de nourriture et ont une grande importance culturelle.
Les mollusques se subdivisent en au moins sept classes : les bivalves, les céphalopodes, les gastéropodes, les polyplacophores (chitons marins), les scaphopodes (défenses marines), les aplacophores (animaux marins ressemblant à des vers) et les monoplacophores (animaux ressemblant à des patelles). Les cinq premières classes sont présentes aux TNO.
Les mollusques marins vivent principalement au niveau de la ligne des marées les plus basses à distance de l’affouillement glaciaire du littoral. Les espèces vivant en eaux profondes sont peu connues. Les espèces de mollusques marins des TNO appartiennent à l’une des cinq classes suivantes : bivalves, céphalopodes, gastéropodes marins, polyplacophores, scaphopodes. Seules les deux premières classes sont incluses dans le présent document. Les autres classes seront incluses dans des rapports ultérieurs.
La présence de 57 espèces de bivalves marins, de 22 espèces de bivalves d’eau douce, de cinq espèces de céphalopodes, de 37 espèces de gastéropodes d’eau douce et de 25 espèces de gastéropodes terrestres a été confirmée aux TNO. Une espèce d’escargot terrestre est étrangère aux TNO.
Bivalves
Les bivalves sont ainsi nommés parce qu’ils possèdent deux « valves » de forme similaire qui se font face, formant ainsi une coquille en deux parties. Les deux valves se rejoignent au niveau de la « charnière ». Les bivalves d’eau douce comprennent les unionidés strictement aquatiques (moules d’eau douce), ainsi que les pisidies et les sphaeriinés, dont certains peuvent survivre à de longues périodes de sécheresse.
Les moules d’eau douce se nourrissent en filtrant l’eau et en mangeant du plancton et d’autres particules organiques fines. Les moules utilisent leur pied pour s’ancrer ou s’enfouir à moitié au fond des plans d’eau. Elles vivent souvent en groupe. Parce qu’elles filtrent de grandes quantités d’eau et qu’elles passent une grande partie de leur vie dans une même zone, les moules sont d’excellents indicateurs de la qualité des écosystèmes aquatiques. La disparition soudaine ou la baisse du taux de croissance d’une espèce de moule d’eau douce peut être le signe d’une dégradation de la santé de l’écosystème aquatique. Les moules servent notamment de nourriture aux rats musqués, aux loutres et à l’humain. Les moules mâles et femelles produisent séparément du sperme et des ovules, le mâle libérant son sperme dans l’eau. La femelle filtre le sperme de l’eau et le transporte dans une zone spécialisée de ses branchies où ses ovules sont fécondés et se transforment en larves (appelées « glochidies »).
À l’exception de quelques espèces, les moules d’eau douce produisent des glochidies parasites qui se fixent sur les branchies ou les nageoires des poissons. Les larves de certaines moules sont adaptées à des espèces particulières et ne peuvent survivre que si elles se fixent sur les espèces de poissons hôtes appropriées. Toutes les larves finissent par se détacher de leur hôte et, si elles tombent dans un habitat approprié, elles se transforment en moules adultes. La lampsile siliquoïde compte 14 espèces de poissons hôtes connues, dont la perchaude et le doré jaune. On la retrouve dans le sud des TNO où elle est considérée comme abondante. Les nouveaux signalements de 2015 étendent son aire de répartition connue jusqu’à la rivière Johnny Hoe, juste au sud du Grand lac de l’Ours. La grande anodonte est présente aux TNO le long du bassin hydrographique du fleuve Mackenzie, mais son poisson hôte est inconnu et il n’y a pas d’informations sur les effectifs ou la santé de la population. La population la plus connue et la plus étudiée de grandes anodontes se trouve au lac Shell, près d’Inuvik. Il est facile de distinguer ces deux espèces. La lampsile siliquoïde présente des protubérances ou des dents sur la charnière à l’intérieur de la coquille, tandis que la charnière de la grande anodonte est dépourvue de dents.
Les bivalves marins sont principalement des filtreurs, mais certains groupes vivant en eaux profondes sont des prédateurs. L’océan Arctique, y compris la mer de Beaufort, est riche en bivalves marins. Ces mollusques constituent la nourriture privilégiée des morses.
Céphalopodes
Les mollusques les plus évolués sont les céphalopodes. Ces mollusques marins sont dotés d’une tête proéminente et de huit bras et, chez les calmars, de deux tentacules supplémentaires autour de la bouche. Ce sont d’excellents nageurs qui utilisent l’eau expulsée du corps pour se propulser. Les bras, munis de ventouses, capturent les proies et les amènent à la bouche où un bec, de forme similaire à celui d’un oiseau, les mord. Les céphalopodes sont bien connus pour leur intelligence remarquablement élevée parmi les invertébrés, et leur capacité à apprendre et à communiquer en utilisant des changements dans la pigmentation et la texture de la peau, ainsi que la bioluminescence. Ils sont également réputés pour la structure complexe de leurs yeux.
Gastropodes d’eau douce
Deux grands types de gastéropodes d’eau douce sont présents aux TNO : ceux qui peuvent respirer de l’air (les pulmonés) et ceux qui possèdent des branchies (les prosobranches) utilisées pour extraire l’oxygène de l’eau, à l’instar des poissons. Toutes les espèces possèdent des coquilles en forme de cône ou plates et toutes, à l’exception d’un groupe d’espèces, ont une coquille en forme de spirale. Les prosobranches ont une trappe (appelée opercule) qu’ils peuvent fermer pour protéger leur corps dans leur coquille. Toutes les familles d’escargots d’eau douce du Canada (Physidae), à l’exception d’une seule, ont une coquille dextrogyre, c’est-à-dire dont l’enroulement de la spirale va vers la droite.
La plupart des prosobranches d’eau douce ont des sexes distincts (seuls les membres de la famille des Valvatidae sont hermaphrodites), alors que tous les pulmonés sont hermaphrodites, ayant à la fois des organes sexuels féminins et masculins. Ce sont des micro et macro-herbivores, des charognards et des détritivores, qui grattent leur nourriture sur les surfaces à l’aide d’une langue râpeuse à dents multiples appelée radula. Certains peuvent même se nourrir par filtration en utilisant leurs branchies, comme les moules. On les trouve dans tous les types de plans d’eau, des grands lacs et rivières aux petits étangs, ruisseaux et marais, avec ou sans eau stagnante permanente. Les oiseaux, les poissons et les petits mammifères les mangent. Certains oiseaux mangent même des coquilles d’escargots vides pour obtenir le calcium qui est ensuite utilisé pour la formation de leurs propres œufs. Les coquilles ont une taille allant d’un diamètre de seulement 3 mm à une longueur de plus de 5 cm.
On connaît actuellement une seule espèce de gastéropodes d’eau douce endémique au nord du Canada. La stagnicole de l’Arctique occidental (Stagnicola kennicotti) ne vit qu’aux TNO et au Nunavut; on ne la trouve nulle part ailleurs dans le monde. Des études menées en 2003 dans plusieurs sources chaudes de la réserve de parc national Nahanni ont révélé que certaines d’entre elles abritaient au moins trois espèces d’escargots d’eau douce. On pensait à l’origine qu’une de ces espèces était un escargot d’eau douce commun présent dans une grande partie du Canada, mais en 2015, les résultats du codage à barres de l’ADN de spécimens prélevés en 2003 ont laissé penser qu’il pourrait s’agir d’une espèce différente et potentiellement nouvelle. Deux autres escargots des sources thermales n’ont pas été entièrement identifiés et pourraient être soit de nouvelles espèces, soit étroitement apparentés à d’autres espèces présentes dans les sources thermales du Kamtchatka, en Russie. Ils n’ont pas encore fait l’objet d’un codage à barres de l’ADN ou d’une analyse approfondie.
De nombreux documents sur les escargots d’eau douce aux TNO proviennent de collections historiques de musées. La première grande étude des mollusques d’eau douce du Canada a été réalisée de 1959 à 1969, et cette collection est conservée au Musée canadien de la nature, à Ottawa. Bien que la plupart des sites de collecte se trouvent dans le sud du Canada, il existe également des collections provenant des TNO, conservées par le Conseil de recherches sur les pêcheries.
Les TNO n’ont pas encore fait l’objet d’une étude exhaustive sur la présence d’escargots d’eau douce, mais la situation évolue. À titre d’exemple, le Sous-comité de spécialistes des mollusques du COSEPAC a eu l’occasion de mener des études pendant deux jours autour de Hay River en 2013. Cette brève étude a permis d’ajouter une espèce jusqu’alors inconnue à la liste des escargots d’eau douce des TNO. Des études supplémentaires et des travaux sur les spécimens déjà prélevés pourraient très bien allonger la liste et fournir des données pour une classification plus précise.
Gastéropodes terrestres
Les escargots et les limaces terrestres appartiennent à la classe des gastéropodes, également observée dans les milieux marins et d’eau douce, et se sont adaptés à la vie sur la terre ferme. Les gastéropodes constituent la classe la plus diversifiée en termes de nombre d’espèces, de morphologie et d’adaptation à des environnements aquatiques et terrestres variés.
Les escargots terrestres sont dotés d’une seule coquille externe calcaire en forme de spirale qui leur sert de protection contre les prédateurs et la dessiccation. Les limaces ont évolué à partir d’ancêtres ressemblant à des escargots dans des lignées distinctes et sont simplement des escargots dont la coquille est de taille beaucoup plus réduite et généralement interne ou parfois totalement absente. Les semi-limaces, telles que la limace de l’Ouest (Vitrina pellucida), ont une forme de corps et une coquille intermédiaires entre les limaces et les escargots.
Il existe environ 200 espèces d’escargots et de limaces terrestres au Canada, indigènes ou introduites.
La plupart, sinon la totalité, des espèces d’escargots et de limaces des TNO ont des aires de répartition étendues, probablement dans une grande partie de l’Arctique, de l’Amérique du Nord boréale ou au-delà, dans le nord de l’Eurasie. Au moins une espèce, la limace grise, a été introduite aux TNO. Sa présence aux TNO a été détectée lors d’une étude réalisée en 2013 à Hay River. Des spécimens prélevés ou identifiés il y a des années ont été réidentifiés à l’aide de révisions taxonomiques publiées très récemment. On découvre encore des espèces non répertoriées aux TNO.
La population de mollusques terrestres la plus septentrionale du Canada a été recensée sur l’île Banks en 2018. La présence de la limace champêtre (Deroceras laeve), une espèce originaire du Canada et des TNO, mais que l’on retrouve généralement plus au sud, est importante, car il s’agit d’un hôte intermédiaire des vers pulmonaires, parasites qui infectent les caribous et les bœufs musqués.
On sait peu de choses sur l’histoire naturelle de la plupart des escargots et limaces terrestres des TNO. En général, les espèces terrestres ont besoin d’humidité pour survivre et cherchent refuge dans des amas de feuilles mortes, et sous des rondins, des rochers et d’autres objets. Les escargots terrestres sont présents dans presque tous les habitats imaginables à l’échelle mondiale, y compris dans certains qui ne sont généralement pas considérés comme idéaux pour eux. Aux TNO, on peut s’attendre à les trouver dans les écosystèmes boréaux, subarctiques et de toundra, ainsi que dans les habitats modifiés des villes. Les habitats comprennent une grande variété de zones humides et de forêts, de toundra et de crêtes ou de dunes côtières.
Les escargots et les limaces terrestres sont pour la plupart herbivores et charognards et se nourrissent de matières végétales mortes et vivantes, de champignons et de charognes. Certains sont des prédateurs actifs d’invertébrés, y compris d’autres escargots. En général, les escargots et les limaces terrestres des TNO sont hermaphrodites simultanément, comme tous les escargots d’eau douce qui respirent de l’air. Autrement dit, les organes reproducteurs masculins et féminins sont présents en même temps chez tous les individus. Cependant, l’interfécondation entre individus est généralement nécessaire, bien que l’autofécondation soit courante chez certaines espèces. Toutes les espèces des TNO ont probablement une courte durée de vie, inférieure à un ou deux ans.
À quelques exceptions près, toutes les espèces présentes aux TNO sont minuscules, mesurant moins de 6 mm. La petite taille de la plupart des escargots terrestres des TNO a probablement contribué au manque de connaissances sur ces animaux, tout comme l’isolement de nombreuses régions du territoire. Les difficultés taxonomiques, l’absence d’ouvrages de référence accessibles et le nombre restreint d’experts en mollusques terrestres au Canada ont également freiné l’avancement des connaissances sur ce groupe.
Peu de régions des TNO ont fait l’objet d’études sur les escargots et les limaces terrestres. Bien que la plupart, voire la totalité, des espèces présentes sur le territoire soient présumées non menacées d’après ce que nous savons de leur présence ailleurs, nous disposons de peu de données sur lesquelles fonder leur classement territorial. De nouveaux dossiers, sous la forme de collections identifiées et confirmées par des experts, sont nécessaires. Par exemple, les zones de toundra et les différents types de zones humides des TNO sont presque inexplorés pour les mollusques terrestres, et les monts Mackenzie pourraient présenter un intérêt. D’autres espèces connues au Yukon et ailleurs au Canada sont probablement présentes aux TNO, mais doivent encore être « découvertes ».
Cependant, les recherches occasionnelles ont peu de chances de permettre de découvrir la plupart des espèces, et la meilleure façon de collecter des escargots minuscules est peut-être de rassembler des tas de feuilles mortes et d’herbes sèches, de les faire sécher et de les tamiser pour en retirer les gros morceaux, puis de passer au crible les débris restants.

