Poissons
Les poissons sont des vertébrés pourvus de branchies qui vivent dans l’eau. On reconnaît trois grands groupes de poissons : les chondrichtyens (p. ex. le requin et la raie), les agnathes (p. ex. la lamproie), et tous les autres, les poissons osseux (p. ex. l’omble, le corégone, le hareng).
Les poissons sont d’excellents indicateurs de la qualité de l’eau et de la santé des écosystèmes. La présence ou l’absence de certaines espèces peut fournir des indications immédiates sur les conditions qui règnent dans une zone donnée. Les poissons sont l’une des ressources alimentaires et économiques les plus importantes des TNO avec lesquels on peut cuisiner des repas délicieux. Les TNO sont réputés pour leurs poissons en bonne santé ainsi que leurs poissons-trophée.
Au total, on compte 104 espèces de poissons dans les rivières, les lacs et la partie de l’océan Arctique occidental se trouvant aux TNO. On peut également y apercevoir de façon irrégulière cinq espèces erratiques aux TNO et on estime que 14 autres espèces de poissons marins y sont présentes. Deux espèces ont été introduites (c.-à-d. étrangères) aux TNO.
Recherches sur le Grand lac des Esclaves
Le Grand lac des Esclaves est le 11e lac du monde en superficie et le plus profond d’Amérique du Nord. Depuis 2018, le ministère des Pêches et des Océans (MPO) a mis en œuvre un projet qui permet d’évaluer les stocks de touladis, la discrimination génétique et le rendement durable dans le Grand lac des Esclaves. Ce projet est réalisé en collaboration avec le Programme de surveillance des effets cumulatifs des TNO (PSECTNO), les collectivités locales et les pêcheurs commerciaux. Il vise à répondre aux questions concernant les effets cumulatifs des activités humaines sur la dynamique de la population de touladis dans le Grand lac des Esclaves. Grâce aux résultats, on pourra mieux gérer les stocks de touladis pour en assurer la conservation et la viabilité; établir des points de référence qui sont justifiables et fondés sur la biologie, et fournir des avis scientifiques pour sa gestion future, ce qui permettra de réduire les effets cumulatifs des activités humaines.
Le grand corégone, un des principaux salmonidés benthivores du Grand lac des Esclaves est le poisson d’eau douce le plus pêché commercialement aux TNO depuis les années 1950. Bien que sa valeur commerciale ait récemment baissé, le grand corégone reste l’une des principales ressources de subsistance pour les collectivités situées autour du lac. Depuis le début de la pêche commerciale, le grand corégone est au cœur des activités de recherche et de surveillance. La collecte de données à long terme comprend la biologie des poissons, l’efficacité des captures de poisson, les données recueillies grâce à la méthode d’étiquetage-recapture, à l’écologie trophique et à l’évaluation des stocks halieutiques. Dernièrement, les travaux de recherche se sont concentrés sur l’établissement d’un cadre communautaire d’écosurveillance. Pour ce faire, on a mis en place un plan de recherche multidisciplinaire et adopté une approche d’échantillonnage stratifiée en fonction de la profondeur. Fondamentalement, l’objectif de ces travaux est de mieux intégrer les connaissances traditionnelles et propres à chaque collectivité dans le système de gestion des pêches ainsi que de renforcer la capacité en recherche et en gestion dans le secteur de la pêche en eau douce dans l’Arctique.
L’inconnu est un superprédateur et une espèce indicatrice de la santé de l’écosystème. Cette espèce fait l’objet d’une pêche de subsistance et d’une pêche commerciale dans le Grand lac des Esclaves. L’inconnu est très vulnérable aux activités humaines. À la suite d’une surexploitation dans les années 1970, les stocks ont considérablement diminué dans le Grand lac des Esclaves, en particulier dans la rivière Buffalo. L’inconnu est vulnérable parce qu’il est un grand migrateur, c’est-à-dire qu’il se concentre à un endroit précis à un moment précis de l’année, ce qui le rend particulièrement vulnérable à l’exploitation. Au cours des dernières années, la pêche commerciale de l’inconnu a augmenté et les niveaux d’eau locaux ont baissé. La deuxième phase d’une étude approfondie sur la discrimination génétique des stocks d’inconnus est en cours en collaboration avec les collectivités locales. Cette phase est axée sur la localisation des sites de frai et d’autres habitats essentiels dans les systèmes lotiques, à l’aide de l’ADN environnemental et de l’analyse des stocks mixtes. Parmi les autres recherches effectuées sur l’inconnu, citons la collecte de données sur l’indice d’abondance et de données biologiques, à long terme dans la rivière Buffalo et à court terme dans la rivière des Esclaves.
On ignore encore beaucoup de choses sur les aires de frai, de croissance, d’alimentation et d’hivernage ou toute autre aire importante du grand corégone, du touladi et de l’inconnu dans le bassin versant du Grand lac des Esclaves. Ces informations sont nécessaires à la gestion durable de ces espèces. Les habitudes d’utilisation de l’habitat peuvent changer au fil du temps en raison des modifications de l’écosystème liées aux activités de développement ou au changement climatique. La population d’inconnus varie également beaucoup.
Un programme d’étiquetage acoustique est en cours dans le bassin versant du Grand lac des Esclaves pour évaluer la santé générale de ces espèces en rapport avec les effets de l’activité humaine. On a d’abord mis l’accent sur le système de la rivière Buffalo. Des émetteurs acoustiques seront implantés chirurgicalement dans des inconnus et des récepteurs seront installés dans le Grand lac des Esclaves et les rivières affluentes pour suivre les déplacements des poissons. Ces analyses seront assorties d’échantillonnage génétique et d’une évaluation des parasites, qui serviront de marqueurs naturels pour l’analyse de discrimination des stocks. De cette façon, on obtiendra de nouvelles informations sur les déplacements saisonniers et les habitudes de frai de l’inconnu ainsi que sur la discrimination des stocks, ce qui contribuera à l’étude des effets cumulatifs des activités humaines et des processus naturels sur les stocks de l’espèce et son habitat. En outre, les recherches en cours sur l’inconnu permettent de recueillir des données sur l’indice d’abondance à long terme (depuis la fin des années 1960), les caractéristiques biologiques et les prises (depuis 1947), ainsi que l’étiquetage-recapture (depuis 1995). Ces ensembles de données recueillies à long terme ont grandement contribué à la gestion de cette espèce.
Le MPO mène une étude dans le Grand lac de l’Ours pour évaluer les tendances de la qualité de l’eau et de la productivité primaire, les caractéristiques démographiques et la situation actuelle des espèces exploitées, en se concentrant sur l’évaluation des niveaux de prise durable pour le touladi, une espèce adaptée au froid avec une niche thermique relativement étroite. On effectuera des analyses à partir d’informations recueillies au cours des deux dernières décennies lors d’études antérieures menées par le MPO et on les comparera à des études historiques datant des années 1960 et 1980. Les résultats du projet fourniront des informations actualisées sur les tendances démographiques et l’état des principales populations de poissons exploitées, ainsi que sur les changements dans la qualité et la productivité de l’eau liés au climat. Ils permettront également d’étendre les ensembles de données de base sur les tendances de la qualité de l’eau, les peuplements d’invertébrés et de poissons, ainsi que sur les caractéristiques biologiques des espèces de poissons exploitées. Ces données contribuent à améliorer notre compréhension des effets cumulatifs qu’ont le changement climatique et la pêche sur le fonctionnement des écosystèmes des grands lacs nordiques, en particulier sur la production de poissons. L’étude fournira un point de référence pour faire le suivi des changements à venir. Les résultats aideront les décideurs, notamment ceux de la Gestion des pêches et de l’aquaculture du MPO, de l’Office des ressources renouvelables du Sahtu, du Conseil des ressources renouvelables de Délı̨nę et du Conseil de gérance de la Réserve de la biosphère Tsá Tué à élaborer des stratégies efficaces pour maintenir les activités communautaires de surveillance aquatique et gérer les ressources naturelles, en particulier les poissons. Les membres de la collectivité participeront fortement au projet, notamment les jeunes, grâce au Programme des gardiens, pour favoriser le renforcement des capacités et du leadership communautaires grâce à la surveillance à long terme de la pêche et de l’écosystème aquatique du Grand lac de l’Ours.
Programme sur le saumon
Le programme sur le saumon arctique, qui est mis en œuvre à l’échelle communautaire, permet de surveiller l’abondance relative et la répartition géographique des espèces de saumons aux TNO, et de manière plus générale, dans l’ensemble de l’Arctique canadien. Pour ce faire, le personnel du MPO mène des activités de formation et de sensibilisation auprès des membres des collectivités, et les pêcheurs déclarent leurs prises et fournissent volontairement des échantillons provenant de leur pêche de subsistance.
Ces dernières années, le nombre de saumons déclarés dans le cadre du programme a augmenté de manière exponentielle, passant de plus de 760 saumons en 2017 à plus de 2 400 en 2019. La variabilité interannuelle est également importante. Les cinq espèces de saumon du Pacifique ont été pêchées aux TNO. Les populations de saumon kéta sont plus nombreuses chaque année. Depuis 2016, le nombre de saumons rouges pêchés a augmenté, en particulier dans les collectivités côtières de la mer de Beaufort, comme Sachs Harbour et Ulukhaktok, aux TNO.
Le saumon n’est pas une espèce envahissante, c’est-à-dire qu’il n’est pas introduit par l’homme en dehors de ses aires de répartition connues. Autrement dit, on peut plutôt dire que le saumon est un colonisateur naturel qui peut étendre son aire de répartition en raison des effets du changement climatique sur l’écosystème. Sa présence peut donc se traduire par de nouvelles possibilités de récolte, ainsi que représenter des risques pour les espèces indigènes ou leur apporter des bienfaits. Les questions suivantes sont prioritaires pour le programme. Où le saumon pourrait-il frayer? Le frai est-il réussi? Si oui, où les jeunes se développent-ils? Le saumon entre-t-il en concurrence avec les poissons indigènes, et dans quelle mesure son aire de répartition s’étend-elle chaque année? Les réponses à ces questions auront des répercussions sur la gestion du saumon et des poissons de subsistance dans les années à venir. La colonisation potentielle du saumon est un exemple concret des récentes modifications de la biodiversité aquatique, probablement associées à l’évolution des conditions environnementales dans les écosystèmes d’eau douce et marins du Nord.
Le cadre de surveillance communautaire de la côte arctique permet d’évaluer les écosystèmes de la banquise et des zones côtières à différents niveaux trophiques d’une manière normalisée et transférable. Une fois le programme établi grâce à des consultations avec les collectivités concernées, le personnel du MPO effectue des activités de sensibilisation, de formation et d’orientation. Le programme devient alors une initiative locale, menée tout au long de l’année par des membres des collectivités de l’Arctique canadien. Les informations et les échantillons, recueillis à de multiples niveaux trophiques dans les écosystèmes côtiers, sont utilisés dans des analyses de suivi tirées du cadre de surveillance de la côte arctique dans des zones côtières stratégiques désignées grâce aux connaissances locales et scientifiques. Ces informations permettent d’établir le contexte et de consigner les changements survenus dans les écosystèmes locaux les plus importants. Les protocoles de terrain de ce programme ont été élaborés et testés dans la baie de Darnley, aux TNO, dans la Zone de protection marine d’Anguniqavia niqiqyuam (ZPMAN) depuis 2014, et ont été appliqués à d’autres collectivités de l’Arctique de l’Ouest (Kugluktuk, NU en 2017 et Sachs Harbour, TNO en 2018) ainsi que dans la baie d’Hudson en 2020 (Igloolik, NU; Kinngait, NU; et Whapmagoostui, QC).
Depuis 2018, ce sont les membres des collectivités qui dirigent le programme de terrain mis en place dans la ZPMAN, lequel inclut désormais l’échantillonnage d’été et d’hiver. Des informations sur les associations poissons-habitats ont été recueillies pour tous ces programmes afin de rassembler des informations de base essentielles concernant la biodiversité locale des poissons et du benthos, les caractéristiques de leur habitat, la variabilité naturelle, la structure trophique et les liens écologiques. Ces conditions de base fournissent le contexte initial à partir duquel un suivi permanent peut être mis en place et les changements consignés. Des projets récents ont permis de recueillir des informations sur la présence de nouveaux poissons sur les côtes de la mer de Beaufort (le loup de Béring, Anarhichas orientalis, et la sigouine rubanée, Pholis fasciata), ainsi que de nouvelles informations sur les invertébrés qui cohabitent avec eux et sur leur biodiversité. Dans un environnement en évolution rapide, nous pouvons mieux prévoir les incidences sur les écosystèmes dans l’Arctique de demain et favoriser une meilleure adaptation aux changements en combinant les connaissances locales, traditionnelles et scientifiques, en nous les échangeant et en nous appuyant sur elles.
Recherche sur les poissons marins
La recherche visant à comprendre la diversité et la répartition des poissons marins dans l’Arctique canadien est en cours depuis plusieurs décennies. Toutefois, le premier aperçu complet a été publié en 2018. Il a été effectué grâce à des spécimens de musées et à des données supplémentaires recueillies dans le cadre du Beaufort Offshore Marine Fishes Project (projet sur les poissons marins de la mer de Beaufort), de 2011 à 2015. Des espèces de poissons marins ont été ajoutées à la liste grâce à ces études, mais le nombre d’espèces de poissons présentes dans les eaux des TNO est encore probablement sous-estimé; en effet, l’échantillonnage de certains habitats (les eaux profondes du large recouvertes de glace, les zones éloignées et les habitats uniques, comme les forêts de laminaires) a été limité jusqu’à présent, et les observations d’espèces pélagiques de plus grande taille sont rares. Par exemple, on a observé une taupe du Pacifique, Lamna ditropis, originaire des eaux du Pacifique Nord, dans les eaux de Kitikmeot, au Nunavut en 2019. (Comme elle a dû passer par les eaux des TNO pour atteindre cette zone, on l’a ajouté à notre liste.) Les changements environnementaux en cours associés à la variabilité et au changement climatiques dans l’Arctique entraîneront probablement de nouvelles répartitions des espèces de poissons de l’Arctique occidental et peut-être aussi de l’Arctique oriental, d’où l’importance d’une surveillance régulière.

