La biodiversité

Sauterelles et espèces apparentées

Les orthoptères comprennent les sauterelles, les grillons et les tettigoniidés. Ils sont parmi les insectes les plus connus au monde. Leur taille relativement importante et leur densité de population parfois élevée attirent l’attention même des simples observateurs. Malgré cela, les sauterelles ont historiquement reçu peu d’attention dans le Nord. Les études ont été largement limitées à des zones très faciles d’accès, et trop peu de temps a été consacré à des inventaires exhaustifs.

De récents échantillonnages réalisés dans la partie septentrionale de l’Amérique du Nord ont permis d’élargir la zone de couverture, et des guides ont été élaborés pour les TNO et l’Alaska. Parallèlement, les outils d’identification en ligne et les plateformes de science citoyenne nous ont tous interpellés et nous ont donné les moyens d’agir. Ces outils ont permis d’obtenir de nouvelles données sur la répartition des espèces et d’enregistrer de nouvelles espèces dans le Nord.

Les sauterelles et les espèces apparentées sont importantes à bien des égards. Elles sont souvent présentes en grand nombre et ont un effet écologique considérable. Elles peuvent manger chaque jour leur poids en tissus végétaux et influencer la composition des communautés végétales. Elles accélèrent également la dégradation de la cellulose et contribuent de manière importante au cycle nutritif. De nombreuses espèces d’oiseaux se nourrissent de sauterelles. Les reptiles et les amphibiens en sont également de grands consommateurs. Certains oiseaux peuvent en dépendre fortement de cette source de nourriture, surtout lorsque les populations de sauterelles sont élevées. Les grues du Canada se nourrissent du criquet des joncs, de taille relativement importante, dans les tourbières, et du criquet pellucide le long des routes.  Les sauterelles contiennent 50 à 75 % de protéines brutes et sont donc très nutritives. Fait intéressant, de nombreuses sauterelles ont des comportements complexes, tant auditifs que visuels.

Les sons qu’elles émettent, qui ressemblent à des gazouillis ou à des sifflements, permettent souvent d’identifier l’espèce. Ces sons sont produits soit en frottant une partie du corps contre une autre (appelé stridulation), soit en fléchissant brusquement des membranes raidies (appelé grésillement).

Aux TNO, on trouve des sauterelles dans les prairies, les zones humides, les lisières de forêts, les zones perturbées et la toundra. En fait, les sauterelles sont présentes dans tous les habitats terrestres des TNO, à l’exception des zones boisées très denses. La plupart des sauterelles que l’on retrouve dans le Nord sont des espèces généralistes qui ont de vastes aires de répartition au Canada et aux États-Unis. Ces espèces occupent une grande variété d’habitats naturels, mais sont également bien adaptées pour tirer profit des zones perturbées. Ce groupe de sauterelles est représenté par des espèces telles que le criquet pellucide, le criquet verruqueux et le criquet boréal.

Certaines espèces sont typiques de la partie septentrionale des prairies canadiennes et pourraient s’être répandues aux TNO pendant d’anciennes périodes plus chaudes. Ces espèces comprennent le criquet pourpré, le criquet à ailes tachetées et le criquet de Kennicott. Aujourd’hui, leurs habitats septentrionaux consistent en des parcelles de prairies relativement chaudes avec des herbes indigènes abondantes. Leur aire de répartition aux TNO se limite principalement aux régions du Grand lac des Esclaves et de la vallée du Mackenzie. Dans ce groupe se trouvent les plus récents ajouts à la liste des sauterelles des TNO, soit le criquet à deux bandes et le criquet huron. Ces espèces n’ont été observées aux TNO pour la première fois qu’en 2018 et 2019, respectivement.

Un autre groupe de sauterelles très intéressant comprend les espèces que l’on ne trouve que dans le Nord. Ce groupe comprend trois espèces aux TNO : le criquet arctique (Aeropedallus arcticus), le criquet rose de Brook (Xanthippus brooksi Vickery) et le criquet de la toundra (également connu sous le nom de criquet des frimas). Toutes ces espèces ont probablement survécu dans le Nord au cours de la dernière période glaciaire. Les deux premières sont étroitement liées à des espèces plus méridionales qui auraient pu s’isoler dans le Nord lors de l’expansion de la nappe glaciaire. Le criquet arctique se trouve principalement dans la toundra septentrionale et est le seul criquet connu sur les îles arctiques. Le criquet rose de Brook vit dans les pentes chaudes et herbeuses de la toundra sèche. Leurs populations varient fortement, à tel point qu’au moins une variété ne se trouve qu’aux TNO.

Le criquet de la toundra appartient à un groupe très diversifié dans le sud du Canada, et on ne sait pas exactement quelles espèces sont ses plus proches parents. Ce criquet intéressant se trouve aux TNO, au Yukon et en Alaska, dans le nord de l’Asie et de l’Europe, et s’étend jusqu’au sud de l’Europe dans la toundra alpine des montagnes les plus élevées. Sa répartition actuelle correspond presque exactement à celle des refuges glaciaires au cours de la dernière période glaciaire.

Les orthoptères peuvent être des indicateurs importants de l’évolution de l’environnement. Leur diversité, leur importance fonctionnelle, leur sensibilité aux perturbations, et leur facilité d’identification et d’échantillonnage en font des indicateurs pertinents de l’état du milieu naturel. Les populations de sauterelles réagissent aux perturbations liées à l’utilisation des terres par l’humain et leurs réactions peuvent être étudiées conjointement avec les informations fournies par d’autres groupes, comme les plantes. Ces insectes semblent vulnérables au changement climatique. Cette sensibilité n’est pas surprenante, étant donné que de petits changements météorologiques d’une année à l’autre peuvent avoir des effets importants sur les populations locales. Ces dernières années, dans le sud du Canada et dans les régions limitrophes des États-Unis, on a constaté que certaines sauterelles, certains grillons et certains tettigoniidés se propageaient vers le nord, et que la vitesse de propagation de certains d’entre eux était particulièrement rapide. Le réchauffement aux TNO pourrait avoir des effets différents selon les espèces. Les espèces généralistes étendront probablement leur aire de répartition, tandis que celle des espèces les plus septentrionales pourrait diminuer. Les facteurs environnementaux peuvent interagir de manière imprévisible. Par exemple, les espèces associées aux pentes orientées vers le sud peuvent étendre leur aire de répartition si l’aridité et la fréquence des feux entraînent une expansion des prairies indigènes. Toutefois, ces mêmes espèces peuvent décliner si le réchauffement du climat ou l’augmentation des précipitations permettent aux arbres de croître dans les prairies qui leur servent d’habitat. Un solide programme d’échantillon est essentiel si l’on souhaite comprendre les changements qui commencent à se produire dans les populations d’insectes du nord du Canada.

La présence de 25 espèces d’orthoptères a été confirmée aux TNO, et on pense que trois autres espèces y seraient présentes.