La biodiversité

Arachnides

 

Les arachnides (classe : Arachnida) sont des arthropodes dotés de huit pattes, contrairement aux insectes, qui n’en possèdent que six et dont le corps – segmenté en trois parties – est surmonté d’antennes. Chez certaines espèces d’arachnides, les adultes ont des pinces ou d’autres appendices à la place des pattes avant qui leur servent à se nourrir, à se défendre ou à percevoir leur environnement.

On dénombre 325 espèces d’araignées, deux espèces de tiques, une espèce d’opilion et deux espèces de pseudoscorpions dont la présence a été confirmée aux Territoires du Nord-Ouest (TNO). On soupçonne également la présence de quatre autres espèces de pseudoscorpions.

 

Araignées

Les araignées appartiennent à l’ordre des Aranéides, le septième ordre d’organismes sur terre en matière de taille, ainsi que le plus grand ordre composé uniquement de prédateurs. Les araignées font partie intégrante de chacun des écosystèmes où elles sont présentes.

Les araignées, au même titre que les scorpions, les opilions, les mites, les tiques et d’autres organismes moins connus, appartiennent à la classe des Arachnida, qui se trouve dans le phylum des Arthropoda. Le terme « arachnide » vient d’un mot de grec ancien signifiant « araignée ».

Les araignées possèdent des mandibules en forme de crocs appelées chélicères, et la plupart sont dotées de quatre paires d’yeux. Caractéristique unique dans le monde animal, les araignées possèdent une filière abdominale (organe servant à produire la soie) ainsi que des pédipalpes (appendices en forme de petites pattes situées à l’avant du corps) qui sont démesurément grandes chez les mâles afin de servir à l’accouplement.

Redoutables prédateurs, les araignées se nourrissent principalement d’insectes et d’autres arthropodes. La plupart adoptent un comportement généraliste et consomment un large éventail d’organismes, tandis que seules quelques espèces suivent un régime alimentaire spécialisé. Certaines traquent leurs proies, d’autres attendent que celles-ci s’aventurent dans leurs toiles complexes pour les capturer, et d’autres encore piègent simplement leurs proies et les prennent par la force.

Toutes les araignées produisent de la soie à l’aide de leur filière, qu’elles utilisent à différentes fins, que ce soit en guise de cordage de sécurité, de cocon pour retenir leurs œufs ou de toiles pour attraper leurs proies. Pour beaucoup, la toile est probablement l’attribut le plus distinctif des araignées; pourtant, nombre d’entre elles n’en tissent pas. C’est le cas des espèces qui prennent leurs proies en embuscade ou qui les chassent activement (araignées-crabes, araignées sauteuses, araignées-loups, familles des Gnaphosidae et des Clubionidae). Parmi les espèces qui tissent des toiles, les araignées d’une même famille créent généralement des modèles similaires (en entonnoir pour les Agelenidae, orbiculaires pour les Araneidae et les Tetragnathidae, en nappe pour les Linyphiidae et plusieurs autres familles, et irrégulières pour les Theridiidae). Les toiles varient grandement en termes de taille, de forme, et de quantité et de type de soie utilisée.

La plupart des espèces d’araignées d’Amérique du Nord vivent un à deux ans, mais rares sont celles qui, aux TNO, dépassent le cap d’un an. Presque toutes les espèces d’araignées sont solitaires, et c’est pour cette raison qu’elles ont développé des parades nuptiales complexes, afin que mâles et femelles d’une même espèce puissent se reproduire… sans chercher à se dévorer l’un l’autre.

Grand nombre d’araignées de l’écozone néarctique passent l’hiver à l’état d’œufs (à l’image de nombreuses araignées orbitèles) ou au stade subadulte (comme plusieurs araignées-loups et araignées-crabes). L’apparition des araignées-loups subadultes du genre Pardosa est souvent l’un des premiers signes du printemps dans le Nord : elles émergent de leur cachette hivernale et parcourent des espaces découverts, souvent en grand nombre, dès les premiers jours où la chaleur printanière devient raisonnable. Elles atteignent rapidement l’âge adulte et se reproduisent au cours des premières semaines du printemps, et on peut apercevoir peu de temps après des femelles tirant derrière elles des sacs d’œufs, reliés à leur filière, ou portant leurs petits sur le dos. Si ce type de soins maternels est caractéristique des araignées-loups, rares sont les araignées qui s’occupent de leur progéniture.

On a appris très peu de choses supplémentaires sur les araignées qui peuplent les TNO depuis 2015. Seules quatre espèces ont été ajoutées à la liste des araignées des TNO et le classement des espèces sur la Liste des espèces en péril est resté essentiellement le même.

Pas moins de 75 % des espèces d’araignées recensées aux TNO bénéficient d’un statut « indéterminé » en raison du manque de données relevées. Plusieurs d’entre elles sont toutefois répandues et communes au Canada, et la production de données à l’avenir aidera certainement à établir qu’elles ne sont pas en danger aux TNO.

Il existe de vastes régions des TNO où les araignées sont sous-échantillonnées, surtout dans les grandes étendues de forêt boréale et de toundra subarctique. C’est dans ces habitats et d’autres habitats similaires du Canada que l’on continue de découvrir de nouvelles espèces d’araignées, tout particulièrement de la famille des Linyphiidae (y compris dans la sous-famille des Erigoninae), de loin la famille d’araignées la plus diverse dans le nord de la région holarctique et dont les différents membres tissent des toiles en forme de nappe. Par conséquent, toute utilisation d’échantillonnages spécialisés (piégeage dans des trappes ou entonnoir Berlese) et de méthodes d’identification morphologique classique combinées à des techniques d’identification moléculaire dans presque n’importe quel habitat des TNO donnerait lieu à l’ajout de nouvelles espèces à la liste des araignées du territoire, ainsi qu’à la collecte de nouvelles données géographiques et quantitatives précieuses dans le cadre de la classification de la situation des espèces.

Le recours aux bonnes techniques d’échantillonnage pourrait porter le nombre total d’espèces d’araignées aux TNO à 500 ou 650, dont environ la moitié pourrait être des Linyphiidae. Bien évidemment, le seul moyen d’en avoir le cœur net consiste à partir en exploration et à chercher des araignées!

 

Tiques

Les tiques sont des arachnides parasitiques de l’ordre Ixodida. Les adultes possèdent un corps plat de petite taille (de 3 à 5 mm de long), ainsi que des pièces buccales modifiées qui leur permettent de se nourrir du sang de leurs hôtes (mammifères, oiseaux, reptiles ou amphibiens).

Les tiques privilégient tout particulièrement les milieux chauds et humides, c’est pourquoi peu d’espèces ont pu s’établir aux Territoires du Nord-Ouest (TNO). Toutefois, on s’attend à voir davantage d’espèces se propager dans la région en raison du réchauffement climatique

Il existe deux grandes familles de tiques : les tiques dures, de la famille des Ixodidae, et les tiques molles, de la famille des Argasidae. Seules les tiques dures sont présentes aux TNO.

Ces tiques adultes présentent un céphalothorax (tête et thorax) soudé à l’abdomen, ce qui leur donne un air de minuscule bouton doté de huit pattes. Elles gagnent toutefois en taille après s’être gorgées du sang de leur hôte. Elles possèdent également un scutum, un écusson recouvrant leur dos, et un bec qui leur permet de perforer la peau de leur hôte pour en aspirer le sang.

Une tique passe par différents stades au cours de sa vie : œuf, larve, nymphe et adulte. Les espèces présentes aux TNO ciblent seulement un ou deux hôtes. La tique d’hiver se nourrit pour sa part du sang de l’original, même si certains individus ont déjà été retrouvés logés dans la peau de caribous boréaux. Les femelles se détachent de l’animal hôte pour pondre leurs œufs au sol, au milieu de la végétation, au début du printemps. Éclosent ensuite des larves qui peuvent rester longtemps dormantes, mais qui, lorsque les conditions sont favorables (à la fin de l’été ou à l’automne), escaladent la végétation environnante pour s’accrocher à un hôte qui passe, et elles se transforment quelques semaines plus tard en nymphes.

Les nymphes restent alors sur le corps de l’animal hôte et entrent en diapause, avant d’atteindre le stade adulte au milieu de l’hiver. La présence d’une tique et la succion du sang peuvent causer une gêne extrême pour les originaux, qui se grattent le poil et se créent ainsi des plaies.

La tique du lapin est bien connue des trappeurs ténois : cette espèce passe toute sa vie au sol ou dans de la végétation basse, puis vampirise des lièvres d’Amérique, mais peut également s’en prendre à d’autres animaux lorsque ces premiers se font rares.

 

Opilions

Les opilions, de l’ordre des Opiliones, ne sont pas des araignées, car la zone de fusion entre leur céphalothorax et leur abdomen est large, ce qui donne l’impression qu’ils ont un corps ovale formé d’un bloc. Par ailleurs, les opilions ne possèdent pas de venin, contrairement aux araignées. Leurs (huit) pattes démesurément longues leur valent le surnom en anglais de « daddy long-legs ». Ces arachnides omnivores sont présents partout dans le monde, même s’ils ont une préférence pour les climats plus tempérés. La seule espèce vivant aux TNO, le Phalangium opilio, y a été introduite et est désormais particulièrement répandue aux alentours des habitations.

 

Pseudoscorpions

Ces arachnides prédateurs ressemblent aux véritables scorpions, mais sont dépourvus de queue terminée par un dard et sont nettement plus petits que les vrais scorpions, puisqu’ils mesurent moins de 5 mm. De couleur brun rougeâtre, brun clair ou noire, ils possèdent quatre paires de pattes locomotrices et deux pinces qui ressemblent à celles des homards ou des crabes, ce qui leur donne l’apparence de petits crustacés. Les pseudoscorpions présents dans les régions nordiques sont parfaitement inoffensifs et font même partie de la catégorie des organismes bénéfiques à notre environnement.

Les pseudoscorpions forment l’un des groupes les plus particuliers, les plus complexes, mais aussi les moins connus du monde animal. Les femelles portent leurs œufs et leurs petits, ce qui indique que les pseudoscorpions prodiguent des soins maternels à un moment donné. Si la nourriture vient à manquer, les femelles sont même susceptibles de se sacrifier pour nourrir leur progéniture. Certaines espèces ont également mis au point des parades nuptiales recherchées. Il existe des régions où aucun mâle n’a été recensé, ce qui laisse penser que la population locale est composée exclusivement de femelles capables de se reproduire sans fécondation (parthénogénèse). La plupart des espèces de pseudoscorpions évoluent au sol, dans les couches de litière humide et sous les roches.

Les pseudoscorpions se nourrissent de petits invertébrés tels que des acariens, des poux, des collemboles et des larves d’insectes. La plupart des pseudoscorpions du Nord vivent en solitaire, mais certaines espèces dans les régions tropicales forment des groupes sociaux – des colonies – et chassent à plusieurs des proies relativement grandes. D’autres encore se nourrissent de parasites présents sur d’autres organismes.

Nombre d’espèces de pseudoscorpions produisent de la soie pour tisser des cocons de protection. Leurs pinces sont équipées d’une glande à venin dont ils se servent pour immobiliser leurs proies, mais la quantité de venin est bien trop petite pour présenter quelque risque que ce soit pour l’homme. Une partie de la digestion a lieu à l’extérieur, dans le corps de la proie : le pseudoscorpion injecte un liquide laiteux corrosif dans le corps tout autour de la proie, puis consomme la masse une fois celle-ci liquéfiée.

Certaines espèces s’agrippent souvent à d’autres animaux pour se déplacer; c’est ce qu’on appelle la phorésie. Il est donc possible d’apercevoir des pseudoscorpions fixés à des mouches, des abeilles ou des scarabées. Le fait d’être transportés jusqu’à un nouvel endroit leur permet d’accéder à un nouvel habitat, potentiellement plus adéquat, en plus d’éviter la consanguinité.

Les pseudoscorpions sont des espèces uniques, capables de survivre dans certaines grottes terrestres particulièrement profondes, sombres et anciennes, où se côtoient plusieurs composés toxiques, notamment un niveau insuffisant d’oxygène, des taux de dioxyde de carbone élevés ainsi que du sulfure, du méthane et de l’ammoniac. Il pourrait donc se révéler utile – pour la science humaine – de comprendre la façon dont les pseudoscorpions résistent à un environnement aussi extrême.

Même si l’on sait certaines choses fascinantes à propos de ces arachnides, ce que l’on ignore à leur sujet est tout aussi important. On dispose de très peu d’information sur leur répartition et leur écologie dans le nord de l’Amérique du Nord. La difficulté à les identifier complique également la réalisation d’études. On pourrait donc devoir examiner des spécimens au microscope, mais aussi les disséquer soigneusement et les préparer pour découvrir leurs caractéristiques.

La plupart des 3 000 espèces de pseudoscorpions vivent dans les régions tropicales. Le Canada en compte une trentaine, dont une – le pseudoscorpion arctique – qui est présente jusque dans les zones arctiques non glaciaires du Nord-Ouest (Béringie orientale), ainsi qu’en Sibérie (Béringie occidentale). Cette espèce a d’abord été découverte au Tibet. Au Canada, elle est circonscrite au Yukon et aux TNO, où on ne l’a observée que dans les monts Richardson, près de la frontière yukonnaise. Elle pourrait être présente aux TNO dans les monts Mackenzie et à l’est du Delta du Mackenzie.

On pense que les pseudoscorpions arctiques sont des reliques de l’âge glaciaire, une époque qui s’est étalée sur plusieurs milliers d’années et pendant laquelle la majorité des régions nordiques de l’Amérique du Nord étaient recouvertes d’une calotte glaciaire de plusieurs kilomètres d’épaisseur. Au nord-ouest de l’Amérique du Nord subsistait toutefois une vaste étendue dépourvue de neige, où les mammouths laineux, les antilopes des steppes, les chevaux, les bisons des steppes, les loups menaçants et trois espèces de lions cohabitaient avec les pseudoscorpions. Alors que la plupart de ces grands mammifères ont aujourd’hui disparu et que le paysage a en grande partie changé au cours des 10 000 dernières années, plusieurs espèces de petite taille qui côtoyaient cette mégafaune existent aujourd’hui encore dans la région.

Les différentes espèces de pseudoscorpions évoluent dans différents habitats. Par exemple, le pseudoscorpion cancroïde, long d’à peine 4 mm, est présent dans les bâtiments, où il se nourrit visiblement de tout petits organismes comme des acariens de la poussière, des teignes des vêtements, des larves d’anthrènes des tapis, des punaises de lit et autres psoques. Cette espèce occupe principalement les zones humides des habitations dans lesquelles on trouve du papier abîmé, des livres et de la moisissure (au sous-sol ou dans la salle de bain), car c’est là que les proies pullulent le plus. Ce pseudoscorpion est utile et a été signalé à Yellowknife.

D’autres espèces habitent aux TNO et peuplent la litière végétale, les sphaignes (mousses des marais), le sol (jusqu’à 30 cm de profondeur) et les grottes. Certaines espèces ont été découvertes sur des pentes rocheuses à Yellowknife, mais doivent encore être identifiées. Toute information quant à la présence de ces animaux fascinants pourrait nous être utile.