Mousses
Les mousses sont de petites plantes terrestres vertes que la plupart des gens associent aux tropiques ou aux forêts pluviales côtières. Elles constituent en effet le type de plante principal de ces milieux, mais elles sont aussi capables de vivre dans les steppes ou la toundra, en plus d’une multitude d’autres milieux où la plupart des plantes sont incapables de pousser.
Bien que les mousses ressemblent aux plantes vasculaires sur plusieurs points, une multitude de caractéristiques uniques les en distinguent. Trois de celles-ci sont d’un intérêt particulier : leur petite taille, le fait qu’elles sont confinées aux microhabitats, et leur tolérance à la déshydratation. La combinaison de ces trois caractéristiques permet à ces petites plantes de pousser à des endroits où les autres plantes ne peuvent pousser!
Si on les compare à la majorité des plantes vasculaires, les mousses sont plutôt petites. Les plus grandes mousses aux Canada font, tout au plus, 20 cm de hauteur, et les plus petites moins de 2 mm! Leur très petite t’aille s’explique par l’absence de bois, qui donne à la plupart des plantes, comme aux arbres, la rigidité et la force leur permettant d’atteindre de si grandes tailles. On pourrait croire que la petite taille des mousses leur nuit, car elles ne peuvent pas entrer en compétition avec les autres plantes pour obtenir de la lumière et de l’eau. Au contraire, cette caractéristique fait leur force : elles peuvent s’établir dans des microhabitats où elles n’auront aucune concurrence. Les microhabitats sont, en quelque sorte, des habitats miniatures qui se distinguent du milieu environnant par leurs niveaux d’humidité et de lumière, leur température ou leur substrat. Par exemple, on peut retrouver des microhabitats dans les crevasses de rochers, les troncs d’arbre et les bûches en décomposition.
Les mousses se caractérisent aussi par leur tolérance à la déshydratation. Cette particularité permet aux mousses de se déshydrater complètement et de revenir à la vie et se remettre à pousser en quelques minutes dès qu’elles sont réhydratées. Ainsi, les mousses peuvent pousser sur des surfaces qui se dessèchent très rapidement et dans des habitats aux conditions extrêmes.
Lors d’un relevé de 2013 des mousses dans les monts Mackenzie, plusieurs espèces observées ont démontré leur capacité à pousser dans des endroits difficiles. Par exemple, dans un site près du lac Carcajou, une minuscule mousse (Seligeria) qui atteint à peine deux millimètres de hauteur poussait sur le côté de très petites crevasses de roche près du haut d’un monticule rocheux dénudé au milieu d’une vaste étendue de toundra. Une autre espèce, la lanterne à pointe effilée (Andreaea blyttii) a été retrouvée sur des rochers exposés après la fonte récente de la neige dans une zone de fonte tardive en haute altitude, à la mi-août. Puis, une troisième espèce, celle-ci récemment découverte aux TNO, la grimmie à feuilles molles (Grimmia mollis), a été retrouvée sur une roche dans un ruisseau d’eau de fonte. Ces exemples représentent seulement quelques-unes des manières dont les mousses sont capables de se créer une petite place dans les habitats difficiles si communs dans les montagnes ténoises.
Bien que plusieurs mousses intéressantes aient été découvertes lors du relevé de 2013, de vastes régions des TNO demeurent inexplorées; nous avons donc peu d’information sur les mousses. Une conservation efficace de ces petites plantes dépendra de relevés plus poussés qui nous aideront à cerner la diversité et la présence de celles-ci sur le territoire. Malheureusement, ces relevés se font rares.
Dans le cadre du relevé poussé le plus récent, mené en 2018, les chercheurs avaient pour but de répertorier les mousses associées aux chutes le long de l’itinéraire des chutes d’eau, et des recherches ont été menées dans le but de trouver une espèce à risque, le bryum de Porsild (Haplodontium macrocarpum). Celle-ci est inscrite en tant qu’espèce menacée au Canada et est souvent retrouvée près de falaises calcaires ombragées où ruisselle de l’eau d’infiltration. Bien que de nombreuses mousses aient été recensées, le bryum de Porsild n’a pas été observé, preuve de sa rareté au Canada.
On se pose plusieurs questions au sujet des mousses. Les plus communes d’entre elles sont sans doute « Quelle est leur utilité? Peuvent-elles être bénéfiques pour les humains? ». D’un point de vue écologique, les mousses sont des éléments importants de l’environnement. Par exemple, dans les tourbières, elles contrôlent le débit de l’eau sur de grandes surfaces en absorbant rapidement de grandes quantités d’eau qu’elles libèrent lentement, ce qui contribue à la prévention des inondations. Les tourbières sont d’une importance particulière aux TNO. De plus, bien que les mousses ne comptent que pour une petite proportion de la biodiversité dans plusieurs régions, elles jouent tout de même un rôle important dans le nord. À peu près 35 % de toutes les espèces de mousses du Canada vivent aussi aux TNO!
Les mousses contribuent à la vie des Ténois de plusieurs manières. Par exemple, les mousses du genre Sphagnum (mousse de tourbe ou de sphaigne) et celles de l’espèce Platydictya jungermannioides (filigrane fausse-jongermanne) sont utilisées pour camoufler les odeurs émanant de pièges en hiver. Aussi, la mousse de sphaigne et d’autres mousses ont été utilisées dans les couches des enfants pour leurs propriétés absorbantes et leur douceur pour la peau. Plusieurs mousses ont été utilisées comme matière absorbante, comme allume-feu et comme matériau de colmatage. Plusieurs générations d’humains ont pu rester au chaud durant les longs hiver grâce aux mousses.

